dimanche 5 juin 2016

Escapade champêtre en Loire-Atlantique : le Manoir de la Jahotière

Entre Nantes, Rennes et Angers, non loin de Nozay, une organisation impromptue de week-end à deux m'a conduite à découvrir (merci, l'ami Trip!) un nid exquis : le Manoir de la Jahotière.

La route pour arriver à l'hôtel met dans le ton : une cathédrale en camaïeu de verts. 


Ce fut un régal.
  • La chambre "standard" (!) était parfaite : grand lit confortable, cheminée, silence, beaux matériaux, vue de rêve, douche comme neuve et grand luxe, produits de toilette bio. Nous avions la chambre bleue.
  • Le parc autour est un régal d'arbres et d'oiseaux. 
  • Le label "Relais du silence" n'est pas volé : aussi loin que porta notre oreille, nul autre bruit que la mélodie mêlée des oiseaux, des feuilles bruissantes et de la pluie, qui donne envie de respirer à pleins poumons.
  • Le restaurant "Le Jouffroy d'Abbans" était délicieux, pour ne pas dire gastronomique, et à prix raisonnable : 38 euros le menu complet, un samedi soir (préférez les desserts, délicieux, au fromage, sans grand intérêt).
  • Les parties communes ont été meublées d'antiquités avec beaucoup de goût par la propriétaire actuelle, parfois présente, suisse le reste du temps (étonnant, non?).
  • Les meilleures offres sont sur le site même de l'hôtel (évitez Booking, qui arnaque les hôteliers), avec des réductions de dernière minute (risque à prendre, car très peu de chambres) : 84 euros la nuit pour deux, un prix vraiment correct au regard de la beauté de la chambre et du lieu. En revanche, petit déjeuner au rapport qualité-prix moyen (mais c'était bien plaisant quand même).  
  • Le lendemain, nous avons roulé une vingtaine de minutes pour rejoindre le départ d'un sentier de randonnée dit "des belles contrées", le long de l'étang de Clégreuc et de la forêt du Gâvre : 2H30 environ, dans un cadre champêtre et verdoyant, très agréable en ce dimanche de printemps humide, qui fleurait bon l'humus et les premières fleurs.

lundi 16 mai 2016

Alors l'Irlande (2)

J'en rêvais depuis que je suis très petite, parce que la mer, les chevaux, l'herbe, les pierres et la lumière.
Et enfin l'Irlande, pour quatre trop petits jours, plus précisément le Sud-Ouest : la péninsule de Dingle et celle d'Iveragh, le parc de Killarney. Arrivée à Shannon, retour à Cork : le supplément de location pour laisser la voiture dans un endroit différent n'est pas très élevé, n'hésitez pas si cela peut rendre votre parcours plus libre.

C'est le mois de mai, les touristes sont encore en nombre raisonnable, les fleurs commencent, et le temps est comme j'en rêvais, dès le premier jour : grand soleil, déluge de pluie, brouillard, arcs-en-ciel sur l'eau, grêle. Puis deux jours de soleil inexplicablement entêté à rester là, éblouissant, pour faire scintiller notre première rencontre. Un quatrième jour plus mitigé, à se sentir déjà dans le quotidien irlandais - les ronds-points par la gauche, what else ?

Arrivée à la plage d'Inch. 

Il y a eu... les genêts partout et que j'ai donc oublié de photographier, les montagnes à droite et l'océan à gauche, le monde devenu tricolore en bleu, vert et jaune, ou bien, cinq minutes après, en gris, vert et roux, multicolore dans les villages, infiniment nuancé en-dehors ; iodé, herbeux (puisque les Anglais ont coupé tout un pays de chênes en deux siècles), venteux, moutonneux, sans panneaux publicitaires, la signalisation réduite au minimum ; les conversations spontanées, la musique populaire et la harpiste classique au coin du feu ; le cidre surtout pas Bulmer's et le whisky bien Bushmill's, la glace à l'eau de mer, les petits oiseaux et les gentils chiens, le vocabulaire qui ne venait pas, le corbeau en livrée grise, les huîtres exquises et le fish and chips immangeable de Dingle, les bons matelas et les mauvaises douches, la Bretagne et le Nevada rejoints en Islande, le chowder et l'Irish stew du pub de Portmagee, et aussi le sandwich au crabe devant le sport à télé, les cartes postales rédigées à Sneem, à côté de la famille qui buvait avant la cérémonie, et du témoin qui ne trouvait plus les alliances ; les lacs, les ruines en parfait état - ou pas - de tous les siècles, les cascades et les panoramas, la soupe de pois chiches délicieuse (encore au pub), les tea for two et les siestes au soleil, le vélo avec entorse et la grimpette en force, les plages immenses, l'oubli complet des villes et des ciels sans air, le palace sur le lac et la course effrénée à 160 km/h pour ne pas manquer l'avion, les meilleurs porridge et custard tart du monde entier, les photos dont les couleurs ne sont pas retouchées, les arbres fabuleux et les rhododendrons géants, le gâtisme devant les agneaux bondissants du mois de mai, l'appareil photo neuf qui a déconné tout le temps et qui émet de drôles de bruits dans les vidéos, et la lumière, encore, encore, encore, les yeux plus verts et les poumons plus ouverts, et tous les noms qui sonnent : Blasket islands, Dingle, Skellig, Lamb's head, Connor Pass, Slea head ; Inch, Derryname et Fermoyle.
Pas de bateau (mer démontée), ni de cheval (manque de temps), mais j'y retournerai, oh oui.

Place à la suite des photos, jamais à la hauteur, bien sûr, de la réalité.


 L'oratoire de Gallarus : deux mille ans de tenue parfaite et d'étanchéité, sans mortier...


A venir dans un très prochain article, quelques images de plus, notre itinéraire et deux ou trois bonnes adresses.

1 : Ciel de Dingle
2 : Têtée sur la Connor Pass
3-6 : Gallarus Oratory
7 - Arc-en-ciel vu depuis Brandon Mountain
8-9 : Killarney National Park
10 : Ring of Kerry, Lamb's head
11-12 : Killarney National Park / Torc Waterfall + Ladie's View
13 : Muckross Friary, abbaye franciscaine XVe.
14 : Ring of Kerry, Lamb's head
15 : Ring of Kerry, sur la route...

mercredi 11 mai 2016

Irlande, mai 2016 (1) : Péninsule de Dingle


Fermoyle beach (1-2)
Brandon mountain (3-4)
Slea head (5 -9)
Blasket islands (10)
Slea head (11-13) 
Connor pass (14-15)

mercredi 20 avril 2016

Souffler les bougies, dévorer les bouquins


Bonjour tout le monde !

Comme j'ai fêté mes 31 ans récemment, et que l'on m'a offert plusieurs beaux livres (ainsi que le DVD de l'un de mes films préférés), j'ai eu envie de vous les présenter.

Prévert, l'Humour de l'art
Naïve, 2007

Sous forme de dictionnaire-abécédaire à la Prévert, une entrée à la fois intime et artistique dans la vie de cet empêcheur de tourner en rond, avec une iconographie originale et de nombreuses archives inédites.
Beau format, bel objet. 

Supervielle, par Claude Roy

J'aime beaucoup, beaucoup la poésie de Supervielle, et celle de Claude Roy, et Claude Roy lorsqu'il parle d'autres poètes.
Voici quatre poèmes parmi mes favoris (tous ne figurent pas dans l'ouvrage), habités par le temps qui passe, la terre qui vibre, un humanisme lumineux, et grâce auxquels j'aime plonger dans le flux et le reflux de ce qui s'exprime et se réprime.

Celui qui chante dans ses vers,
Celui qui cherche dans ses mots,
Celui qui dit ombres sur blanc
Et blancheurs comme sur la mer
Noirceurs sur tout le continent,
Celui qui murmure et se tait
Pour mieux entendre la confuse
Dont la voix peu à peu s'éclaire
De ce que seule elle a connu
Celui qui sombre sans regret
Toujours trompé par son secret
Qui s'approche un peu et s'éloigne
Bien plus qu'il ne s'est approché,
Celui qui sait et ne dit pas
Ce qui perle au bout de ses lèvres
Et, se taisant, ne le dira
Qu'au fond d'une blafarde fièvre
Au pays des murs sans oreilles,
Celui qui n'a rien dans les bras
Sinon une grand tendresse,
Ô maîtresse sans précédent,
Sans regard, sans cœur, sans caresses,
Celui-là vous savez qui c'est
Ce n'est pas lui qui le dira

La Fable du monde, suivi de Oublieuse Mémoire, Poésie/Gallimard

Puisque nos battements
S'espacent davantage,
Que nos cœurs nous échappent
Dans notre propre corps,
Viens, entr'ouvre la porte,
juste assez pour que passe
Ce qu'il faut d'espérance
Pour ne pas succomber.
Ne crains pas de laisser
Entrer aussi la mort,
Elle aime mieux passer
Par les portes fermées.

La fable du Monde, Poésie/Gallimard

Cœur
Suffit d'une bougie
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Cœur lent qui t'accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Cœur grave qui te résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d'enfants
Sur la place s'élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu'un homme à barbe noire,
De quel monde venu ? -
D'un seul geste les chasse
Jusqu'au fond de la nue.
Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tâtonnes,
Cœur plus près du linceul,
Cœur de grande personne.

Seghers

Marseille

Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et l'iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
Ô toi toujours en partance
Et qui ne peux t'en aller
A cause de toute ces ancres qui te mordillent sous la mer.

Supervielle, Débarcadères.

Shine, de Scott Hicks


Ce film de Scott Hicks (son meilleur, à mon avis) fait partie de mon petit panthéon cinématographique personnel... Inspiré de la vie du pianiste David Helfgott, il a valu un oscar mérité à Geoffrey Rush (vous savez, le savoureux linguiste du Discours d'un Roi, et aussi le personnage principal masculin dans The Best Offer, et aussi... Barbarossa dans Pirate des Caraïbes!).
Dans ce film, il y a d'excellents acteurs, la passion du piano, le "Rach three" qui est également l'une de mes compositions classiques préférées, et la tendresse des fous. Bref, mon cocktail idéal.
Je n'avais pu le voir qu'en VO non sous-titrée jusqu'à présent, ce qui fait que certaines choses m'échappaient tout de même, d'autant que le héros a un débit particulier. Merci à tonton de l'avoir déniché en Allemagne, pour avoir des sous-titres français!

Le Chat en cent poèmes, Albine Novarino-Pothier, paru chez Omnibus (2010)

Pfff, me direz-vous, une anthologie sur le chat, en voilà un thème battu, rebattu et trop battu !
Oui, mais... mais !
  • D'abord le choix de poèmes est exquis, et si les grands classiques baudelairiens ou d'autres y figurent, j'ai aussi découvert quelques pépites. 
La maison 
Sur la marche tiède un chat dort en boule.
Un frelon se cogne aux vitres ternies,
Où la vigne vierge et les araignées
Ne laissent passer que l’ombre des nuits.

Georges Chennevière, La Légende du Roi d'un Jour, NRF - Gallimard, 1927.

  • Ensuite, et surtout, le choix des clichés accompagnant les poèmes vous régalera, vraiment (rien à voir avec la couverture). Il sont forts, sans mièvrerie. Je n'ai pas le livre avec moi, mais je rétablirai les références (crédits) dès que possible.
 Cabu, période bleue : Pas complètement bête... mais pas encore méchant !
(éditions du Laveur, 2008)


L'irrévérencieux Cabu vous manque, à vous aussi? Dans cet album, on découvre ou retrouve le premier Cabu de la fin des années cinquante, son regard tendrement moqueur sur les "beaux gosses" d'autrefois et les jeunes couples qui défient l'autorité des vieux cons, son trait aérien et ses jolies blondes faussement ingénues. Un Cabu encore insouciant, déjà insolent et joyeux, tout frais tout rose (enfin, bleu).

VISAGE(S), Sens et représentations en Occident, de Martial Guédron
(Hazan, 2015)

Un ouvrage dont je ne soupçonnais pas l'existence...
Les reproductions sont évidement d'une qualité époustouflante, pleine page, et m'ont permis de découvrir des artistes et des oeuvres qui happent l'oeil et l'âme, instantanément. Et lorsqu'on a fini de humer le papier et d'admirer les détails de chaque représentation, en s'étonnant bien souvent du siècle de l'artiste, on peut se mettre à lire, et à apprendre un tas de choses sur le grand mystère du visage, grâce à une étude qui balaie toutes les formes d'art et de science possibles. Un très, très beau cadeau à offrir ou à recevoir.