mardi 19 juillet 2016

Cinq ans déjà ! Un concours, des regards en arrière et en avant

Cinq ans déjà !
Cela me paraissait un bel âge pour un premier "article anniversaire", et, une fois n'est pas coutume, un petit concours. Je vous l'expose en premier, histoire d'aller d'abord à l'essentiel ;-).

Qu'est-ce qu'on gagne ?
Un cadeau surprise parmi un choix personnalisé, que j'enverrai aux gagnants en fonction de leur lieu de vie et autres critères... Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce sera un vrai beau cadeau, non sponsorisé, et que les choix tourneront autour de quelques mots-clés comme livre, garde-robe, art, beauté, conseil...
 
Comment jouer ? Le principe est très simple : deux tirages au sort.

Le premier parmi ceux qui laisseront un commentaire sous cet article, juste pour dire bonjour, ou ajouter quelques mot sur ce que vous pensez du blog, mentionner un article qui vous a plu ou déplu... bref, ceux qui m'enverront un signe depuis le cyberespace :-).

Le second parmi ceux qui auront "aimé" la page Facebook (que ce soit déjà fait ou non) et laissé un petit commentaire dessus, sous l'affichage de cet article.

Quand jouer ? Le concours est ouvert pour une semaine, jusqu'au 26 juillet à minuit. 

J'espère surtout avoir ainsi l'occasion de connaître et remercier quelques petites souris qui lisent sans commenter, par manque de temps ou d'audace. :-) 


Bon, mais cinq ans, ça donne aussi des envies de bilan (pas trop long quand même ; enfin si, mais j'ai mis plein de belles images!).

Le blog est né en juillet 2011, les années pour moi ayant toujours fonctionné d'un été à l'autre, parce que dans mon cas, c'est presque toujours l'été que naissent les changements et les projets (ben, tiens, le blog), sans doute parce que le temps retrouvé permet de réfléchir et d'avancer, au calme (je pars rarement en voyage en été).
Un lieu cévenol propice à la méditation...


Revenir sur ces cinq années, dans leur découpage bloguesque, correspond donc assez bien à celui des évolutions personnelles, qui se sont, forcément, fait ressentir sur le blog, même si j'y évoque aussi peu que possible ma vie intime. 

Après ces cinq années, malgré les périodes difficiles ou débordées, les mois restés sans poster, je prends toujours autant de plaisir à écrire ici. 493 articles publiés (et beaucoup de brouillons en souffrance!), cela donne un article tous les 5 jours en moyenne ; au fil du temps moins et mieux, du moins j'essaie.

Je ne fais pas du tout partie de la "blogosphère", mais cela ne me dérange pas, parce que j'ai déjà du mal à trouver le temps de lire les quelques blogs que j'apprécie énormément, et que j'écris ici avant tout pour mon plaisir, pour tenir un journal des belles choses vues, et une trace des bonnes adresses, des bons plans, des jolis vêtements qui fuient de la mémoire. Je ne souhaite pas que le blog me rapporte quoi que ce soit d'autre, c'est un blog amateur, sans aucun "sponsor", et je souhaite qu'il le reste. Bien sûr, je désire aussi partager tout cela, apporter quelque chose aux lecteurs, je suis contente lorsque les "stats" montent ou que je reçois des commentaires encourageants, mais je n'ai pas envie d'être guidée par un objectif quantitatif ou une rivalité absurde avec des milliers et des milliers d'autres blogs, tous intéressants. Aussi, nulle lassitude, le désir est intact, les idées fourmillent, même si ça ne se voit pas... Ben quoi ?

Je me souviens que le désir de créer ce blog est venu parce que je répétais souvent les mêmes bons plans, et aussi parce que je ne trouvais pas à l'époque ce que je cherchais, ni dans la presse ni dans les autres blogs : une sorte de "zine" féminin qui cultive l'amour du vêtement et de l'allure sans se soucier des modes, la beauté naturellement mise en valeur ; un blog qui se préoccupe d'éthique et de qualité, qui s'affranchisse du consumérisme, sans entrer non plus dans le luxe inabordable ou l'austérité. Depuis, j'ai découvert "Pin-up bio" et d'autres, que je suis heureuse de suivre. De mon côté, je n'avais pas envie non plus de lâcher le pôle culture, les expos, les films, les voyages... qui a pris davantage de présence les dernières années.
Bref, la ligne éditoriale n'a pas changé, elle me convient vraiment bien, même si elle est un peu fourre-tout... Ce côté dispersé, justement, c'est tout moi.
Je suis toujours une quiche en informatique et en codage, mais récemment, je m'y suis un peu mise, et je compte continuer. Merci, donc, aux lecteurs qui supportent les maladresses de fond comme de forme ! 
Pour la peine, je vous offre une petit rétrospective avec des liens et de belles photos que vous avez peut-être manquées, ou qui vous feront mieux découvrir le blog. D'un été à un autre, d'une vie à une autre...


an I : juillet 2011 - > juillet 2012

J'ai cherché un nom pendant des semaines, et soudain, paf, au rayon fais d'une supérette, sans y penser, trouvé. 
Je suis sous-équipée, pas de bon appareil photo, pas de bon ordi (j'ai toujours le même d'ailleurs, depuis 2009 ; j'en deviens assez fière : Asus, c'est indestructible, je crois) ni de connaissances informatiques, mais j'ai envie de me lancer là, tout de suite. 
Je consacre pas mal des premiers articles à définir la ligne éditoriale, tout ça est encore bien maladroit, et je poste beaucoup de tout petits articles.
Mes carnets de style, en panne depuis un moment, mais qui m'apportaient beaucoup de plaisir. 
Un appartement picard à décorer. Beaucoup d'articles forme aussi, parce que je me reprends bien en main,  et de jolies tenues très mal photographiées. ^^
Pour clore l'année en beauté, une série de portraits en N&B avec un pro, 











et une virée solo en Belgique, à (re)voir avec Bruges, De Haan - Le Coq, Gand, et le quartier Art nouveau d'Ixelles


J'ai aussi retrouvé le plaisir de rédiger des critiques cinéma comme du temps de mes études, et j'aime relire ma liste de 15 films bouleversants, avec plein d'autres idées laissées en commentaire, et me demander à quelles nouvelles découvertes il faudrait que je fasse une place, par exemple De Rouille et d'os, Mommy, Hope et L'Idiot

an II : juillet 2012 - > juillet 2013

Beaucoup de tenues d'été, des photos un peu meilleures, qui m'ont permis d'oser la traditionnelle « rétrospective » que j'ai plaisir à revoir. 
Un nouvel appart', et de nouveau plein de travaux dedans, avec la transformation de la chambre, et une vraie pièce dressing
L'impression d'avoir trouvé le ton.
Une année professionnellement épuisante ; un petit séjour en thalasso sur l'île d'Oléron pour redémarrer, et voir à nouveau la vie en rose.


 an III : juillet 2013 - > juillet 2014

Cette année-là commence par un été plein de belles tenues, de rayonnement, de lecture et de plaisirs sensitifs. De l'écriture, aussi, mais que je n'ai jamais osé - ou souhaité ? - publier ici.

Mes premières Rencontres d'Arles, et la soudaine intensification de ma passion pour la photographie (surtout humaniste), avec la découverte de Sergio Larrain et de Jean-Louis Courtinat, suivie en cette faste année par de très grosses expos photo à Paris, Brassaï et Cartier-Bresson en tête, ainsi que le film sur Vivian Maier
(Douce Iliana, cette photo que tu m'as offerte imprimée ne me quitte jamais.)

Il y a eu le travail fou pour un concours, couronné d'un succès rendu amer par le chagrin amoureux, et, pour le réconfort, l'étole Chattawak à motifs Paisley que je me désole encore d'avoir perdue l'hiver dernier, et le week-end à Lacanau, avec des ciels incroyables postés ici et .

Ah, et les réponses au tag de Cél' des désormais célèbres Mots Ailés, commentatrice de la première heure que j'en  profite pour remercier. C'est agréable, ce genre de petit défi - réponse, et j'ai pris grand plaisir à le rédiger, ici, ici et . Je n'y changerais pas grand-chose, mais j'ai récidivé différemment cette année dans le cadre des Liebster Awards, grâce à Récréanature

an IV : juillet 2014 - > juillet 2015

Moins de tenues, parce que mon corps et moi, ça ne va pas fort ; mais beaucoup de virées, et de photos, grâce à un nouvel appareil. 

Il y a eu l'été marqué par la semaine dans les Cévennes avec les amis, et l'enchantement des ocres de Roussillon.

Avec le nouvel appareil, le plaisir des couleurs, d'été, d'automne, d'orage.

 Les virées de fin d'été dans l'Ouest : l'île d'Aix, l'ile Madame, le Marais poitevin.

Il y a eu un choc littéraire nommé Le Seigneur des porcheries, de Tristan Egolf, et puis il y a eu Charlie.

Ensuite, un passage hivernal dans les Alpes et à Paris (et un petit montage pour l'occasion), et puis une jupe et une robe en soie, un film exquis que presque personne n'a vu (Vincent n'a pas d'écailles) et son inoubliable scène de la plus longue caresse du monde, et finalement, finalement, un printemps plein de (re)découvertes en tous genres : Bordeaux, le Pays basque espagnol, les Cévennes, les Calanques, Port-Cros. Un festival de grands bonheurs dans la nature. 

an V : juillet 2015 - > juillet 2016

Un bel été, avec l'article incontournable (et très lu) des conseils sur les talons hauts, un séjour exquis dans le Cantal, et de jolies séances photos avec Séverine Dartois, visibles ici, ici, ici, ici et même .


Je montais sans le savoir vers une très belle rencontre. Alors, un nouvel appartement à La Rochelle, mais presque tout mon temps libre à Paris, une débauche d'expositions : avec le recul, Les Florentins, Barbey, les Gitans de Clergue et les Chefs-d'oeuvre de Budapest sont restés bien imprimés en moi. 


Ah, et une photo de l'escalier du Grand Palais dont je suis plutôt contente, et plusieurs fois épinglée pour ma plus grande fierté (oui, je me contente de peu, n'est-ce pas...) ! 

De la danse, beaucoup de danse, mais des problèmes de santé sans répit, l'impression de ne pas consacrer assez de temps à ce qui est important, la nécessité de changer quelque chose.

Peu de tenues encore (malade, pas le temps, condamnée aux semelles plates un certain temps, horreur ! ^^) ; en revanche, quelques jolis accessoires.

Il y a eu le 13 novembre, et le 14 juillet, sur lesquels j'essaie de lire beaucoup, surtout longtemps après, mais ne me sens pas apte à écrire. Et au milieu, comme un drapeau blanc, le rêve de l'Irlande enfin réalisé, avec un nouvel appareil tout exprès, le précédent m'ayant été volé. Et je finis ainsi sur le doux, sauvage et beau Kerry, au seuil d'un nouvel été : vous le retrouverez ici et .

Et maintenant ? 
Que me réserve l'année à venir... Du changement, de l'inconnu, de l'imprévu, du temps, la vie à Paris, encore plus de films, d'expos, et le retour en force des vêtements sur le blog, autour d'un projet nommé « simplicité luxueuse », dont je vous reparlerai. :-)
Bref, beaucoup de jolies choses projetées, et j'espère que cette fois tout va rouler sans être encore remis à plus tard ! A très bientôt, et un bel été à tous.  


vendredi 15 juillet 2016

Mr Gaga, sur les pas d'Ohad Naharin

Justement ce matin, j'ai envie de partager un peu de de belle humanité.


Il reste quelques séances... Ne manquez pas ce documentaire sur un chorégraphe et danseur d'exception.


Ohad a eu un parcours étonnant, car tardif, car hors des clous dans lesquels il n'a pu tenir.
Sa beauté envoûtante, celle de sa voix et de sa langue, de sa manière de bouger, sa liberté, ses idées fraternelles se communiquent tout de suite au spectateur sur les films amateur du temps de sa jeunesse.

Pour les danseurs, comme toujours, c'est dur. Aucun doute là-dessus. Ohad Naharin est aussi un tyran, avec lui-même comme avec les autres, comme beaucoup de créateurs en proie au désir de matérialiser leurs visions.

Repousser les limites peut sembler déraisonnable, cruel, mais l'on voit bien que ce n'est pas par sadisme, et qu'Ohad sait aussi complimenter, faire rire, offrir sa confiance et sa pédagogie patiente aux danseurs.

Et, comme le dit l'un d'entre eux, "le jeu en vaut la chandelle". Effectivement, ils progressent à vue d'oeil, jusqu'à devenir la plus belle version d'eux-mêmes, jusqu'à ce qu'ils cessent tout empressement, qu'ils habitent intensément le moindre déplacement de leur corps, avec une force d'expression qui ne doit plus rien à la comédie. Et tout cela, en préservant l'individualité de chaque danseur.

D'une manière générale, Ohad s'adresse à notre intelligence, sans concessions. Il invente, il ouvre, il voit, il écoute, et attend la même chose des autres.
L'humour, le voyage, l'érotisme, l'équilibre masculin-féminin, l'amour, la liberté, la paix, le goût de la diversité dans la collectivité, tout ce que nous pouvons désirer pour notre monde se trouve dans ses ballets, en dialogue réel avec les musiques choisies, du classique au chant traditionnel, en passant par le jazz et l'électro.


Les images d'archives, les répétitions, les interviews alternent de manière très fluide. Certes, la réalisation est classique, mais cette sobriété maintient toute l'attention du spectateur sur Ohad et les danseurs de la Batsheva Dance Company.

Je ne suis pas touchée par tous les chorégraphes contemporains ; chez Naharin, outre les qualités déjà citées, je trouve que l'on sent une liberté mêlée de culture qui permet d'emprunter à tous les genres sans s'arrêter à aucun, permettant la naissance d'un style profondément original. La scénographie n'étant pas en reste, ses ballets illustrent bien la notion de spectacle total.

Ohad Naharin rappelle la danse à sa dimension primaire, cathartique, dans la joie comme la souffrance, dans sa compagnie comme avec le plus grand nombre.


L'autre bande-annonce :


Pour ma part, tant de beauté a fini par faire monter les larmes, des larmes de plaisir esthétique et humain ; mais, même si tout le monde ne va pas jusque-là, je crois qu'en tous les cas, on sort en ayant envie de retrouver l'énergie de son corps et du mouvement, par quelque moyen que ce soit.

Son Last work sera visible à Chaillot en 2017... En attendant, il passe encore au cinéma, et pour aspirer de l'énergie à pleins poumons, je vous le conseille chaudement.

jeudi 7 juillet 2016

Chefs-d'oeuvres de Budapest : l'expo en détails

Bonjour tout le monde... Comme cela fait longtemps ! Avec un déménagement et bien d'autres rebondissements, j'ai encore laissé le blog en jachère malgré l'envie de publier... Je devrais pouvoir reprendre à un rythme plus soutenu, pendant l'été et même après, grâce à un changement de situation professionnelle.

Bref, une fois n'est pas coutume, je vais réussir à parler d'une exposition avant qu'elle ne se termine... enfin, juste quelques jours avant, puisque vous avez jusqu'au 10 juillet!

Il s'agit de certains "Chefs-d'oeuvres de Budapest", venus nous rendre visite au musée du Luxembourg, pendant que leur demeure principale se refait une beauté.

Certes, l'entrée est chère (12 euros en plein tarif), et l'exposition de taille modeste (une centaine d'oeuvres). J'apprécie toutefois ce dernier point, qui permet de ne pas s'épuiser, de prendre son temps, et de mettre en valeur des oeuvres habituellement noyées dans la masse.

J'ai adoré cette exposition, à commencer parce qu'elle respire tout l'amour de ceux qui ont présidé au choix des oeuvres et de leur disposition (un amour redoublé par celui de la famille Esterhazy, qui a vendu au musée l'ensemble de son immense collection, dont proviennent une bonne partie des oeuvres). Cartels et présentations m'ont paru très bien rédigés, et délivrent l'essentiel. L'éclairage est réussi, bien différencié pour les dessins et les peintures qui se côtoient.

Les pièces choisies balaient les siècles et des artistes très variés, des Hongrois que l'on découvre, et puis de grands maîtres italiens, flamands, allemands, espagnols, français... L'exposition ne prétend donc pas vous en apprendre long sur un sujet précis, mais cherche néanmoins à dépasser le simple alignement de belles oeuvres, en s'organisant autour de plusieurs axes :
  • Avant tout, offrir au public une délectable histoire de l'art européen en raccourci : l'art médiéval religieux d'Europe centrale ; la Renaissance germanique ; le Cinquecento, ou Renaissance italienne, autour du modèle de Vinci ; l'âge d'or hollandais ; la modernité ; le symbolisme ; le tournant du XXe et l'avant-garde hongroise...
  • ... en alternance avec des parties plus thématiques, qui mettent en perspective les époques et les pays, comme cette salle des "Caractères": elle nous rappelle qu'un musée, c'est aussi un lieu de rencontres de hasard avec toutes sortes de personnages (et c'est encore l'occasion de rapprochements inédits, par exemple autour des figures de femmes de Füssli et Goya, Goya et Manet), et que le classement en périodes et mouvements est loin de suffire à épuiser les influences et les échos entre artistes. Les confrontations peuvent se multiplier : femmes au regard perdu, vieillards barbus, hommes aux bouches béantes, peintre et modèle qui semblent se regarder à quelques décennies d'écart...
  • Mettre en valeur la sensibilité hongroise à l'art européen, et les contacts entre les mouvements et artistes magyars et ceux des autres pays, entre inspirations et singularités ;
  • Profiter de l'occasion pour mettre à l'honneur des artistes méconnus, des oeuvres puissantes et rarement vues en France, comme la sculpture de Pisano, ou encore cette crucifixion d'Altdorfer qui met l'accent sur le terrestre, les soldats qui brutalisent les chrétiens, les forcent à regarder ; Boltraffio et son enfant Jésus qui tend les mains vers un objet de désir invisible ; la seule sculpture conservée de Léonard de Vinci ; Karel Dujardin ; etc. ! 
Et puis il y a les perpétuelles redécouvertes, la Maîtresse de Baudelaire par Manet, dont j'ignorais qu'elle se trouvât à Budapest, et cette Estacade de Trouville à marée basse peinte par un Monet âgé de 30 ans : tout y est...
Hormis ce Monet (mais le traitement de Monet, de toute manière, "perd" encore plus que d'autres en photo), j'avais envie, cette fois, de ne pas déflorer les toiles dans leur entièreté, mais plutôt de vous allécher avec des détails à donner envie de voir le reste (même si, parfois, je préfère ledit détail au tableau entier!), et, plus particulièrement, de recréer la saisissante galerie de visages offerte par ces oeuvres, portraits ou non. J'espère que l'idée vous plaira.

Auparavant, je fais une seconde exception, pour l'un des plus célèbres peintres hongrois, pourtant  peu connu en-dehors de son pays, et que j'ai découvert ce jour-là : Mihaly Munkaczy. L'exposition présente plusieurs de ses toiles, mais celle qui m'a fait la plus forte impression, de toutes les oeuvres présentes, c'est
L'Homme à la cape, étude pour le Mont-de-Piété (1874).
La prestance déchue, la mélancolie méditative, l'intensité de l'oeil, la position de la main, la composition... Tout dans ce tableau me touche profondément, et ce d'autant plus que le statut d'étude donne une souplesse particulière au traitement du sujet. On peut voir ICI un croquis de l'ensemble, mais une étude, loin d'être forcément incomplète, et surtout lorsqu'elle est consacrée à un détail, est parfois plus aboutie, plus magique.


Voilà, je passe donc aux "détails" !

Mystérieuse et envoûtante Sainte Dorothée, sculpture sur bois polychrome, Hongrie, 1410-1420

Saint Etienne (saint roi de Hongrie), Hongrie, vers 1500

La partie sur la Renaissance germanique présente quelques ravissants dessins naturalistes de Hans Hoffmann, ses grenouilles dubitatives, sa libellule "déprimée". Un admirateur de Dürer, cet immense dessinateur, probablement le premier à prendre pour sujet principal une touffe d'herbe...
 Albrecht Dürer, Portrait d'un jeune homme, vers 1500-1510
un visage à la dissymétrie attachante et conservée malgré les modes de l'époque

 Bernardino Luini, Vierge à l'enfant, vers 1525
Une douceur en provenance directe du sfumato de Léonard de Vinci

 Deux visages peints par le Greco (ci-dessous, les yeux de sa Madeleine), dont je n'apprécie par ailleurs toujours pas les coloris et la facture d'ensemble...


Karel Dujardin, baroque hollandais italianisant : Tobie et l'ange, vers 1660.

Comparer trois vieillards barbus...
1) Dessin d'un Vieillard de 93 ans de Hoffmann (1580), reprenant un dessin de Dürer du début du siècle,
2) Un Saint-Jérôme de Jacques Blanchard (1632), seule peinture française classique de l'exposition,
3) Etude de tête d'homme de Rubens (1616-1619) : le fait qu'il s'agisse d'une étude donne une liberté étonnamment moderne au trait.



Une Jeune fille endormie (Rome, XVIIe, célèbre, mais toujours pas attribuée...)

 Pierre Puvis de Chavannes, La Madeleine, 1897
L'absence de regard accompagne la démarche d'introspection.

 Janos Vaszary, L'âge d'or, 1902

Franz von Stuck, Le Printemps, 1902
Un tableau symboliste allégorique qui doit beaucoup au romantisme...

D'autres types de détails :

 Devinerez-vous de quelle scène biblique il s'agit ? Il y a un indice en bas à gauche...

 Apparition de Saint Jacques à la bataille de Clavijo, Giambattista Tiepolo, vers 1750

Détail apaisant et bucolique d'une scène biblique alors rarement illustrée :  
Le Prophète Elisée et la Sunamite, de Gerbrand van den Eeckhout (ami et élève de Rembrandt), 1664.

Une Nature morte avec coupe Nautilus (1654) à la technique ébouriffante de Willem Claesz Heda. 
Peu d'émotion, mais beaucoup d'admiration pour ce citron parfaitement épluché...

 Deux détails La Famille des chats de Jan Steen, vers 1673-1675 ; tableau de moraliste, où l'attitude paillarde des chats et des hommes les rend aveugles aux signes de la vanité de leurs vies, comme ce corbeau, le premier que je vois se servir directement au tonneau ! ^^

 Karoly Ferenczy (le grand impressionniste hongrois, bien différent de nos impressionnistes français),  
La Femme peintre, 1903
C'est une femme paysanne qui pose, et le tableau tout entier est un manifeste pour la peinture de plein air.

 Jozsef Rippl-Ronai, Femme à la cage, 1892. 
Inspiration Nabi et symboliste : une peau diaphane, des couleurs intenses et lumineuses.
L'un de ses tableaux vient d'être acquis par le musée d'Orsay.
 Arnold Böcklin, Centaure à la forge du village, 1888
Oeuvre symboliste tirée d'une nouvelle de Paul Heyse, Le Dernier centaure.
Joli contraste entre la cocasserie du sujet et l'effarement des villageois...

Voilà, si vous avez le temps d'y aller, courez-y, je suis loin d'avoir parlé de tout, et notamment de l'une des dernières grandes toiles, drôle et amusante, L'Alouette de Pal Szinyei-Merse (1882) ! Suspense...
Pour en savoir plus (Laurent Salomé est très agréable à écouter) : 

A 1H09, un tableau inouï de Munkacsy, qui n'a finalement pas pu être sélectionné.

Tout cela me donne encore plus envie de visiter Budapest, de découvrir le musée (en travaux pour deux ans), et ses intransportables chefs-d'oeuvres (y compris certains cadres!). Pas vous ?