lundi 16 mai 2016

Alors l'Irlande (2)

J'en rêvais depuis que je suis très petite, parce que la mer, les chevaux, l'herbe, les pierres et la lumière.
Et enfin l'Irlande, pour quatre trop petits jours, plus précisément le Sud-Ouest : la péninsule de Dingle et celle d'Iveragh, le parc de Killarney. Arrivée à Shannon, retour à Cork : le supplément de location pour laisser la voiture dans un endroit différent n'est pas très élevé, n'hésitez pas si cela peut rendre votre parcours plus libre.

C'est le mois de mai, les touristes sont encore en nombre raisonnable, les fleurs commencent, et le temps est comme j'en rêvais, dès le premier jour : grand soleil, déluge de pluie, brouillard, arcs-en-ciel sur l'eau, grêle. Puis deux jours de soleil inexplicablement entêté à rester là, éblouissant, pour faire scintiller notre première rencontre. Un quatrième jour plus mitigé, à se sentir déjà dans le quotidien irlandais - les ronds-points par la gauche, what else ?

Arrivée à la plage d'Inch. 

Il y a eu... les genêts partout et que j'ai donc oublié de photographier, les montagnes à droite et l'océan à gauche, le monde devenu tricolore en bleu, vert et jaune, ou bien, cinq minutes après, en gris, vert et roux, multicolore dans les villages, infiniment nuancé en-dehors ; iodé, herbeux (puisque les Anglais ont coupé tout un pays de chênes en deux siècles), venteux, moutonneux, sans panneaux publicitaires, la signalisation réduite au minimum ; les conversations spontanées, la musique populaire et la harpiste classique au coin du feu ; le cidre surtout pas Bulmer's et le whisky bien Bushmill's, la glace à l'eau de mer, les petits oiseaux et les gentils chiens, le vocabulaire qui ne venait pas, le corbeau en livrée grise, les huîtres exquises et le fish and chips immangeable de Dingle, les bons matelas et les mauvaises douches, la Bretagne et le Nevada rejoints en Islande, le chowder et l'Irish stew du pub de Portmagee, et aussi le sandwich au crabe devant le sport à télé, les cartes postales rédigées à Sneem, à côté de la famille qui buvait avant la cérémonie, et du témoin qui ne trouvait plus les alliances ; les lacs, les ruines en parfait état - ou pas - de tous les siècles, les cascades et les panoramas, la soupe de pois chiches délicieuse (encore au pub), les tea for two et les siestes au soleil, le vélo avec entorse et la grimpette en force, les plages immenses, l'oubli complet des villes et des ciels sans air, le palace sur le lac et la course effrénée à 160 km/h pour ne pas manquer l'avion, les meilleurs porridge et custard tart du monde entier, les photos dont les couleurs ne sont pas retouchées, les arbres fabuleux et les rhododendrons géants, le gâtisme devant les agneaux bondissants du mois de mai, l'appareil photo neuf qui a déconné tout le temps et qui émet de drôles de bruits dans les vidéos, et la lumière, encore, encore, encore, les yeux plus verts et les poumons plus ouverts, et tous les noms qui sonnent : Blasket islands, Dingle, Skellig, Lamb's head, Connor Pass, Slea head ; Inch, Derryname et Fermoyle.
Pas de bateau (mer démontée), ni de cheval (manque de temps), mais j'y retournerai, oh oui.

Place à la suite des photos, jamais à la hauteur, bien sûr, de la réalité.


 L'oratoire de Gallarus : deux mille ans de tenue parfaite et d'étanchéité, sans mortier...


A venir dans un très prochain article, quelques images de plus, notre itinéraire et deux ou trois bonnes adresses.

1 : Ciel de Dingle
2 : Têtée sur la Connor Pass
3-6 : Gallarus Oratory
7 - Arc-en-ciel vu depuis Brandon Mountain
8-9 : Killarney National Park
10 : Ring of Kerry, Lamb's head
11-12 : Killarney National Park / Torc Waterfall + Ladie's View
13 : Muckross Friary, abbaye franciscaine XVe.
14 : Ring of Kerry, Lamb's head
15 : Ring of Kerry, sur la route...

mercredi 11 mai 2016

Irlande, mai 2016 (1) : Péninsule de Dingle


Fermoyle beach (1-2)
Brandon mountain (3-4)
Slea head (5 -9)
Blasket islands (10)
Slea head (11-13) 
Connor pass (14-15)

mercredi 20 avril 2016

Souffler les bougies, dévorer les bouquins


Bonjour tout le monde !

Comme j'ai fêté mes 31 ans récemment, et que l'on m'a offert plusieurs beaux livres (ainsi que le DVD de l'un de mes films préférés), j'ai eu envie de vous les présenter.

Prévert, l'Humour de l'art
Naïve, 2007

Sous forme de dictionnaire-abécédaire à la Prévert, une entrée à la fois intime et artistique dans la vie de cet empêcheur de tourner en rond, avec une iconographie originale et de nombreuses archives inédites.
Beau format, bel objet. 

Supervielle, par Claude Roy

J'aime beaucoup, beaucoup la poésie de Supervielle, et celle de Claude Roy, et Claude Roy lorsqu'il parle d'autres poètes.
Voici quatre poèmes parmi mes favoris (tous ne figurent pas dans l'ouvrage), habités par le temps qui passe, la terre qui vibre, un humanisme lumineux, et grâce auxquels j'aime plonger dans le flux et le reflux de ce qui s'exprime et se réprime.

Celui qui chante dans ses vers,
Celui qui cherche dans ses mots,
Celui qui dit ombres sur blanc
Et blancheurs comme sur la mer
Noirceurs sur tout le continent,
Celui qui murmure et se tait
Pour mieux entendre la confuse
Dont la voix peu à peu s'éclaire
De ce que seule elle a connu
Celui qui sombre sans regret
Toujours trompé par son secret
Qui s'approche un peu et s'éloigne
Bien plus qu'il ne s'est approché,
Celui qui sait et ne dit pas
Ce qui perle au bout de ses lèvres
Et, se taisant, ne le dira
Qu'au fond d'une blafarde fièvre
Au pays des murs sans oreilles,
Celui qui n'a rien dans les bras
Sinon une grand tendresse,
Ô maîtresse sans précédent,
Sans regard, sans cœur, sans caresses,
Celui-là vous savez qui c'est
Ce n'est pas lui qui le dira

La Fable du monde, suivi de Oublieuse Mémoire, Poésie/Gallimard

Puisque nos battements
S'espacent davantage,
Que nos cœurs nous échappent
Dans notre propre corps,
Viens, entr'ouvre la porte,
juste assez pour que passe
Ce qu'il faut d'espérance
Pour ne pas succomber.
Ne crains pas de laisser
Entrer aussi la mort,
Elle aime mieux passer
Par les portes fermées.

La fable du Monde, Poésie/Gallimard

Cœur
Suffit d'une bougie
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Cœur lent qui t'accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Cœur grave qui te résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d'enfants
Sur la place s'élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu'un homme à barbe noire,
De quel monde venu ? -
D'un seul geste les chasse
Jusqu'au fond de la nue.
Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tâtonnes,
Cœur plus près du linceul,
Cœur de grande personne.

Seghers

Marseille

Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et l'iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
Ô toi toujours en partance
Et qui ne peux t'en aller
A cause de toute ces ancres qui te mordillent sous la mer.

Supervielle, Débarcadères.

Shine, de Scott Hicks


Ce film de Scott Hicks (son meilleur, à mon avis) fait partie de mon petit panthéon cinématographique personnel... Inspiré de la vie du pianiste David Helfgott, il a valu un oscar mérité à Geoffrey Rush (vous savez, le savoureux linguiste du Discours d'un Roi, et aussi le personnage principal masculin dans The Best Offer, et aussi... Barbarossa dans Pirate des Caraïbes!).
Dans ce film, il y a d'excellents acteurs, la passion du piano, le "Rach three" qui est également l'une de mes compositions classiques préférées, et la tendresse des fous. Bref, mon cocktail idéal.
Je n'avais pu le voir qu'en VO non sous-titrée jusqu'à présent, ce qui fait que certaines choses m'échappaient tout de même, d'autant que le héros a un débit particulier. Merci à tonton de l'avoir déniché en Allemagne, pour avoir des sous-titres français!

Le Chat en cent poèmes, Albine Novarino-Pothier, paru chez Omnibus (2010)

Pfff, me direz-vous, une anthologie sur le chat, en voilà un thème battu, rebattu et trop battu !
Oui, mais... mais !
  • D'abord le choix de poèmes est exquis, et si les grands classiques baudelairiens ou d'autres y figurent, j'ai aussi découvert quelques pépites. 
La maison 
Sur la marche tiède un chat dort en boule.
Un frelon se cogne aux vitres ternies,
Où la vigne vierge et les araignées
Ne laissent passer que l’ombre des nuits.

Georges Chennevière, La Légende du Roi d'un Jour, NRF - Gallimard, 1927.

  • Ensuite, et surtout, le choix des clichés accompagnant les poèmes vous régalera, vraiment (rien à voir avec la couverture). Il sont forts, sans mièvrerie. Je n'ai pas le livre avec moi, mais je rétablirai les références (crédits) dès que possible.
 Cabu, période bleue : Pas complètement bête... mais pas encore méchant !
(éditions du Laveur, 2008)


L'irrévérencieux Cabu vous manque, à vous aussi? Dans cet album, on découvre ou retrouve le premier Cabu de la fin des années cinquante, son regard tendrement moqueur sur les "beaux gosses" d'autrefois et les jeunes couples qui défient l'autorité des vieux cons, son trait aérien et ses jolies blondes faussement ingénues. Un Cabu encore insouciant, déjà insolent et joyeux, tout frais tout rose (enfin, bleu).

VISAGE(S), Sens et représentations en Occident, de Martial Guédron
(Hazan, 2015)

Un ouvrage dont je ne soupçonnais pas l'existence...
Les reproductions sont évidement d'une qualité époustouflante, pleine page, et m'ont permis de découvrir des artistes et des oeuvres qui happent l'oeil et l'âme, instantanément. Et lorsqu'on a fini de humer le papier et d'admirer les détails de chaque représentation, en s'étonnant bien souvent du siècle de l'artiste, on peut se mettre à lire, et à apprendre un tas de choses sur le grand mystère du visage, grâce à une étude qui balaie toutes les formes d'art et de science possibles. Un très, très beau cadeau à offrir ou à recevoir.

mardi 12 avril 2016

Liebster Awards, c'est parti !

Grâce à Céline, rédactrice du blog vert, joyeux et animé Récréanature, je découvre les Liebster Awards en même temps que j'y suis nominée (oh oh, le beau mot).
Le principe, si j'ai bien tout compris : des blogueurs en aiment d'autres, loin des sentiers (re)battus, et le font savoir en les nommant et en les interrogeant. 
Pour être sélectionné, un blog doit être suivi par moins de 200 personnes sur Hellocoton.  Avec mes 9 abonnés, tout va bien ^^. J'aime beaucoup plusieurs blogs qui n'ont pas de page Hellocoton, dommage... mais j'ai de quoi nominer quand même, bien sûr!
Mes élus (;-)) pourront, si cela leur plaît, répondre à mes questions après avoir nommé mon blog, dire 11 choses sur eux, et poser 11 questions à 11 autres blog de leur choix.
Vous l'aurez compris, de fil en souris, c'est l'occasion rêvée pour découvrir beaucoup de nouveaux blogs qui le valent bien...

Voici donc : 
- mes réponses aux 11 questions de Récréanature ;
- 11 choses sur moi ;
- 11 questions pour 11 blogueurs que j'apprécie. 

Pourquoi le chiffre 11 ? Je ne sais... En tout cas, je vais essayer de donner des réponses et de poser des questions potentiellement pas trop ennuyeuses... Hum, soyez indulgents.  

I - Mes réponses aux 11 questions de Récréanature :
  1. Depuis quand blogues-tu et comment ton blog a-t-il évolué depuis le début ?
Mon blog existe depuis juillet 2011, fichtre ! Au début, je postais beaucoup de petits articles ; j'en poste moins, mais mieux, je pense, avec des articles bien plus fournis. Il y a aussi beaucoup plus de compte rendus d'expositions, car je n'allais pas aussi souvent à Paris durant les premières années. Mais la ligne éditoriale reste la même : des plaisirs authentiques et de l'éthique, l'envie de partager de bonnes adresses et une autre manière d'acheter.
Récemment, j'ai enfin pris le temps d'améliorer la forme du blog et d'apprendre à coder un peu, mais il me reste du pain sur la planche !  
Malgré des périodes de creux total où je ne voyais pas le jour en raison du travail, j'ai toujours grand plaisir à revenir là et je suis heureuse de ne jamais avoir jeté l'éponge ; je vois ce blog comme un moyen de partager, mais aussi comme un journal où je peux retrouver tout ce qui m'a enrichie et fait plaisir au fil des ans (en dehors de la sphère intime bien sûr).
  1. Quel avenir envisages-tu pour ton blog ?
L'année 2016-2017 va m permettre de souffler question travail, donc d'accorder plus de temps au blog (parce que j'en ai envie), aussi bien quantitativement que qualitativement. Plus de tenues, de conseils en style, peut-être des vidéos, plus de Paris, plus d'articles tout simplement... tout ça tout ça. Bientôt, fini les articles promis qui ne viennent jamais! 
  1. Quelle est ta relation aux réseaux sociaux ?   
Très détachée... Le blog a une page Facebook depuis peu, que je n'investis pas vraiment ; je n'ai ni Twitter, ni Instagram ; j'aime bien la richesse de Pinterest, que j'ai découvert l'été dernier seulement. Je suis un peu l'anti-geek : trop d'écran, ça me soûle très, très vite, d'autant que je fais beaucoup de traitement de texte pour le travail.
  1. Peux-tu me parler d'un film ou d'un livre qui t'a marqué ces dernières années ?
Tellement, tellement... Alors, pour ne citer qu'un film, sorti en 2015 : L'Idiot, de Yuri Bykov. J'ai passé quatre heures à écrire cet article dessus (mais rassurez-vous, il se lit en beaucoup moins de temps) ^^ : 
  1. Quel est ton animal préféré et pourquoi ?
Très difficile de répondre tant je les aime tous (même les araignées), mais puisqu'il faut choisir : les rapaces nocturnes (chouettes et hiboux). Pour leur aura magique, leur vol froufroutant, leur discrétion, leurs chants variés et mystérieux, leur beauté envoûtante et leur potentiel comique en photo...


Photo par moi dénommée :  Hein? Tiens tiens... Hmmmmpffff.
  1.  As-tu un soin fait maison (ou à défaut naturel) préféré ?
L'huile de figue de barbarie (si très bonne qualité), pour la fermeté du buste, c'est réellement efficace.
  1. Ta gourmandise favorite ?
Des fraises garriguettes de saison et bien mûres, avec des chocolats exquis (Pavés de Criollos, ou Mascarons de Debotté...). Pastèque à longueur d'été, pommes à longueur d'hiver.
  1. Ton geste le plus fort pour minimiser ton impact sur l'environnement ?
Je passe un temps infini à vérifier que je ne consomme rien à base d'huile de palme. 
Je ne prends qu'un ou deux bains par an alors que j'adore ça. 
J'achète de moins en moins de neuf, dans tous les domaines, et lorsque c'est le cas je passe beaucoup de temps à vérifier la provenance et les conditions de production. Mais c'est autant par plaisir (plus de qualité, d'âme, d'économie...) que par souci éthique et écologique. Pas du tout un sacrifice, donc.
  1. Quel est le lieu où tu rêverais d'aller ?
Cuba, le Costa Rica, Prague en hiver, l'Italie.
  1. Quelle est ta devise dans la vie ?   
Sans hésitation, même si j'aime beaucoup d'autres phrases : 
« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront. » René Char
  1. Peux-tu me parler du projet qui te tient le plus à cœur ?
Créer un nouveau manuel de langue française (c'est en cours, mais il y en a pour une vie...), et aussi un spectacle de danse improvisée dans la rue. A suivre...

II - 11 choses sur moi

- Je prends souvent les arbres dans mes bras, je leur parle et je les câline. Et j'ai les larmes aux yeux quand j'en vois coupés pour rien.
- Je suis excessive, et j'ai du mal à me soigner. Mon côté sudiste, sans doute, mais ce n'est pas (toujours) une excuse. 
- J'ai lu cinq ou six fois tous les Arsène Lupin, et tous les Agatha Christie.
- Je ne porte presque jamais de pantalon. Ben oui, ça serre, non ? 
- J'ai grandi dans un hameau qui comptait bien plus de poules que d'habitants, et j'en suis très heureuse.
- Je connais tous les sketches de Coluche par coeur. 
- J'ai l'ouïe très fine. Très, très fine. Vous là, je vous entends chuchoter. 
- Je suis amoureuse de Burt Lancaster, de Robert Redford, de Jean-Paul Belmondo et de Catherine Frot. C'est comme ça.
- J'adore humer la bonne odeur du crottin. 
- Je suis un peu gaga devant les voitures de collection. 
- J'ai une ordonnance pour des lunettes qui date de mai 2015. Pourtant, j'aime bien les lunettes. Sur les autres : moi, j'ai un grand nez. Remarquez, ça pourrait équilibrer ?

III - Mes 11 questions à 11 blogueurs


Je pose ces questions, s'ils veulent bien, à :

Douceur et hérisson (tout est dans le titre...)
Alsagarden (pour les jardiniers curieux... et écologistes!)
L'Ecole buissonière   (une instit' dont l'école buissonnière fait plaisir à nos papilles)
Du bio dans mon bento (miam, miam, MIAM!)
Le petit monde de Pierrou (de la nature, des insectes, des oiseaux, des photos rares !)  (et du Sud)
Cherry livres (excellent blog littéraire, fouillé mais simple, et loin des modes) 
Les Carnets de Gee (de très belles photos de voyage, et aussi de bonnes adresses et des tutoriels créatifs)
My little road  (des voyages, du côté de chez vous comme à l'autre bout du monde)
Josette la chouette (des tee-shirts pour enfant en coton bio très, très... chouettes)
Showd'art (des articles culturels originaux ; blog tout frais!)
Paris fait son cinéma (concept de blog vraiment original et documenté, à voir!)

1. Quel est ton propre article préféré, celui que tu voudrais faire lire en premier à tes nouveaux lecteurs ?

2. Combien de temps passes-tu en moyenne à œuvrer pour ton blog (par jour, ou par semaine) ?

3. Y a-t-il un sujet qui te tient à coeur et que tu trouves bien trop négligé par les médias ?

4. Une recette de cuisine qui te rappelle de bons souvenirs ? 

5. Quel nom d'Indien te choisirais-tu ?

6. Pourrais-tu parler d'un livre ou un film qui t'aurait aidé(e) à grandir ?

7. Ton endroit préféré ?

8. Une chanson qui te donne la pêche à tous les coups ?

9. Une odeur que tu adores ?

10. Un tableau, un musée que tu aimes beaucoup ?

11. Une bonne adresse top secrète ?

mercredi 6 avril 2016

Blow Up, l'émission délectable

Blow Up, c'est un petit régal que j'ai envie de vous faire partager si vous ne connaissez pas.
Alors, pour paraphraser Luc Lagier, c'est quoi, Blow Up (à part un film, bien sûr) ? 
C'est une émission sur le cinéma diffusée par Arte, une page Facebook, une chaîne à laquelle s'abonner,
une déclaration d'amour au cinéma, à tous les cinémas, sans cesse renouvelée (pour la 240e fois cette semaine).

C'est Luc Lagier (et d'autres parfois) : une voix agréable, un cinéphile ébouriffant de culture, qui a envie de partager ce qu'il aime et de se faire plaisir, tout simplement. C'est aussi son humour, son art du rythme et des présentations succinctes.

C'est entre 5 et 15 minutes consacrées à un thème (la guitare, les mouvements de caméra, l'alcool, les cheveux...), un réalisateur, un acteur, un film, en 10 madeleines ou en 5 raisons, ou encore une personnalité à laquelle on donne "carte blanche".

A chaque fois, c'est l'assurance de déguster un concentré de 7e art, et d'avoir irrésistiblement envie de découvrir ou de revoir les films cités, et parfois des films qu'on aurait aimé voir cités.

La structure de l'émission : un rapide balayage, puis "un petit point sur la question" plus approfondi, puis un "top five" gourmand, pour le plaisir de prolonger la séance, de mettre en valeur des pépites, plutôt que par envie de hiérarchiser.

Pour achever de vous donner envie, mon propre "top five" des Blow Up (pour l'instant, car je ne les ai pas tous vus!)

Pour un réalisateur : Milos Forman

Pour un acteur que j'adore, et le choix des derniers moments de l'émission, ceux que j'aurais choisis aussi :


Pour un film :

Pour un thème : la musique électro (par Thierry Jousse cette fois) :


Pour la carte blanche : cet ovni tout frais, qui m'a donné une irrésistible envie de voir cet autre ovni moins frais, mais apparemment très méconnu : Out 1.

Et puis, parce qu'elle est (très) drôle, et suffit à résumer toute la démarche de l'émission, un petit bonus : Les Valseuses.

Bref, 240 émissions, et beaucoup de réjouissances sur la planche.

Blog en travaux : Je profite de cet article cinéma pour vous signaler que la rubrique "Culture" se déroule désormais en six catégories, pour mieux s'y retrouver. A venir, un tri des bonnes adresses. A très bientôt !

lundi 28 mars 2016

Les premiers albums de Lucien Clergue

Ayant vu l'exposition le dernier jour, et mené pas mal de recherches ensuite, j'ai pris mon temps pour préparer ce compte rendu de l'exposition du Grand Palais sur les premiers albums de Lucien Clergue (1934-2014). Le voici donc, pour tous ceux qui ont envie de raviver leur souvenir de l'exposition, ou en savoir plus sans l'avoir vue.

Je vous invite aussi à lire l'article d'Iliana du blog A quatre mains, complet, et qui intègre d'intéressantes vidéos que je ne remettrai pas ici.

Sept albums de planches contact datés, redécouverts après son décès en 2014, témoignaient donc des premières années de travail du photographe : 

- Ruines, cimetières, saltimbanques, charognes.
- Picasso, Cocteau, Saint-John Perse.
- Les Gitans.
- Toros (ou plutôt, la corrida, objet de toutes les passions dans l'Arles d'alors).
- Les premiers nus.
- Fresque cinétique (198 clichés!).
- Langage des sables (série constituant le corps de la thèse qu'il soutiendra devant Roland Barthes, et qui sera validée sans appareil textuel ni théorique). 

 
Les premiers clichés sont ceux d'un jeune garçon hanté par des souvenirs de guerre dont les ruines l'environnent (il a dix ans lorsque sa maison est détruite par un bombardement), par le chagrin de l'orphelin (sa mère, avec laquelle il vivait seul, meurt après qu'il l'ait soignée, alors qu'il a 18 ans : persuadée qu'il sera un grand artiste, elle aura eu le temps, trois ans plus tôt, de lui offrir son premier appareil...), par des difficultés financières qui l'ont empêché de passer le baccalauréat, et pénétré de l'atmosphère étouffante, voire mortifère, du marais camarguais. Les corps de flamants roses sont assez poignants. Décomposition et ruine hantent donc les premiers clichés.

 On retrouve également des thèmes chers aux poètes modernes et aux surréalistes :
- acrobates, saltimbanques, travestissement, onirisme, avec des clichés d'enfants grimés, peu naturels mais émouvants cependant, comme si l'exhibition du faux leur permettait de laisser transparaître leur profonde mélancolie ;




- mannequins et poupées aux regards dardés vers d'inquiétants abîmes



L'esthétique graphique et surréaliste des clichés ne pouvait que séduire Picasso, puis Cocteau, face à un Lucien Clergue confiant et opportuniste (sans connotation péjorative), qui sut sauter sur les occasions, nouer des liens forts et porteurs. 


L'exposition retrace donc ensuite les rencontres avec quelques artistes, et les belles collaborations, comme celle du tournage du film de Cocteau Le Testament d'Orphée ou ne me demandez pas pourquoi (1960).
Les clichés pris par Clergue rappellent combien Cocteau mérite le surnom de "jardinier d'atmosphère" onirique et surréaliste.



Suivre le parcours de Clergue, c'est encore retrouver l'atelier de Picasso, et le célèbre profil à contre-jour de St John Perse.

"Ah! que revienne la présence une fois apprivoisée, pour s'engager dans l'oeuvre et guider le poète, qui n'a pas oublié que le beau pays natal est à reconquérir... !"
Amers, Saint-John Perse
Cette citation d'Amers me paraissait particulièrement adaptée au travail de Clergue, qui voyage, s'évade, sans jamais perdre de vue le Sud de la France, région mère de sa fascination pour la nature et l'éternel antique.
Justement, le goût du tragique et de la dramatisation lui étant parfois reproché par son entourage, le jeune Clergue se tourne également vers le nu.
Ses photos, prises dans la nature, pleines d'élan spontané, sont singulières et visionnaires à une époque où la plupart des photographes de nu ont tendance à se « caler » sur les dessinateurs et à rester dans des compositions académiques. 
Dans la populaire série Née de la vague, la joie du corps, vigoureux et incarné, s'associe à celle de la nature. Le visage n'est plus là, les plans sont rapprochés, le décor gommé : quête d'atemporalité, sans aucun doute, pour un homme obsédé par l'envie d'éternité. Comme des corps de divinités antiques, les modèles se font sculptures vivantes qui s'égayent dans l'eau. 




Cette série ne m'a pas beaucoup touchée, mais elle est intéressante, et importante dans l'histoire de la photographie. L'équilibre délicat entre composition graphique et vitalité naturelle m'a semblé particulièrement réussi dans la plupart des clichés, dont je ne connaissais que les plus célèbres.
La série préfigure peut-être la « révolution sexuelle » des années 1960-1970, comme le suggère le commentaire de l'exposition, mais elle exprime surtout la constante recherche, chez Clergue, de l'épure et de l'atemporalité. 
Par ailleurs, comme le rappelle pragmatiquement son modèle Bicou dans une belle interview filmée, elle était bien souvent grimaçante à cause des poses improbables que lui demandait Lucien (on imagine l'inconfort du modèle sur le dernier cliché), mieux valait donc que le visage disparaisse! Elle raconte que le plus souvent, elle posait un peu le matin ; puis, la lumière devenue impraticable, ils vivaient là, sur « leur » plage, toute la journée, elle faisait à manger, se baignait, bronzait, et Clergue buvait ses mouvements. A la fin de la journée, il savait exactement ce qu'il voulait, et la véritable séance pouvait commencer, dans la lumière de la fin de l'après-midi.  Au passage, Bicou / Wally Bourdet offre une saine réflexion sur le métier de modèle.

 Connu et reconnu, déjà collectionné et exposé à New-York, Clergue réunit, avec son ami d'enfance Jean-Marie Rouquette, un important fonds photographique (une quarantaine de photographes sont contactés et donnent des tirages) pour la création du musée Réattu, le tout premier lieu français consacré à une collection de photographie contemporaine. Dans la foulée, avec l'aide de l'écrivain Michel Tournier, ils créent les fameuses Rencontres d'Arles, dont j'ai déjà posté quelques compte rendus, ICI ou LA.
Lucien Clergue sera le premier photographe à entrer à l'Académie des Beaux-Arts, en 2006 (ouverture de la VIIIe section), comme quoi la reconnaissance du 8e art ne fait que commencer! 
 
Les photos de corrida sont difficiles à soutenir, mais, bien qu'il n'y ait probablement pas de dimension critique dans les clichés, elles ont au moins le mérite de montrer la souffrance de l'animal et ce qui est fait, après le spectacle, de la misérable carcasse d'un animal soi-disant admiré et honoré par de telles pratiques. 

La fresque cinétique met en valeur avec force les détails de la campagne provençale. Là encore, beaucoup d'esthétisme, dans la tendance de l'abstraction graphique, et peu d'émotion, comme en une sorte de nouvel académisme.



Même ressenti face à la série « Langage des sables », démonstration parfaite de l'importance de l'art de l'oeil du photographe (eh non, tout le monde ne pourrait pas en faire autant sur une plage...) parvenant à isoler, dans le tout vertigineux du sable, quelques magnifiques séquences visuelles, grâce à la maîtrise du cadrage, des contrastes et des luminosités. 



J'ai gardé, vous l'aurez compris, le meilleur (selon moi) pour la fin : Les Gitans.
Au Cannet, aux Saintes Maries de la mer, à l'église, au campement, partout sont le mouvement, la musique, et l'enfance.
Les communautés d'Arles sont saisies dans leur beauté festive et quotidienne, à une époque où personne ne regarde ces pauvres « voleurs de poules » tout juste sortis des camps d'internement de la Seconde Guerre.
Le regard que Clergue pose sur ces êtres à part est empreint de tendresse, de respect, d'admiration et de joie. C'est de très loin l'album que je préfère, le plus singulier également dans l'ensemble de son œuvre, et je m'arrête là pour laisser les photos vous envoûter.





C'est d'ailleurs sa fréquentation de cette communauté qui lui fera rencontrer Manitas de Plata et José Reyes, ainsi que ses fils, les Gipsy Kings. Amoureux de cette culture et de cette musique, Clergue présentera et fera connaître autant que faire se peut les deux générations.  


Voilà, je voulais en profiter pour vous parler des clichés de jeunesse de Hans Silvester (et notamment de ses Gitans également), mais au regard de la longueur de l'article, ce sera pour plus tard.

Petite remarque pour terminer : l'éclairage était très mal conçu, aucun cliché ou presque n'était épargné par les reflets, avec des murs entiers où chaque vitre était gâchée par une ou plusieurs ampoules. L'espace n'est pas du tout adapté : l'éclairage en plafonniers très haut placés tombe à pic sur les oeuvres.