mercredi 10 février 2016

L'Idiot, de Yuri Bykov

L'Idiot est entré en moi. Il y restera toujours quelque part, émergeant de la sublime musique que je découvris en l'observant marcher à pas pressés, dans la nuit russe, vers l'impossible sauvetage des hommes.



Le choix des morceaux, et toute la bande-son, y compris les petits bruits, les résonances, les échos, les vibrations, plongent instantanément le spectateur dans le monde bien concret de cette Russie moderne, inquiétante, méconnue et lointaine.

Complètement bouleversée, du mal à écrire, début poussif de l'écriture qui s'emballe peu à peu. Cela faisait longtemps. Le film est sorti depuis des mois, mais je ne l'ai vu qu'hier (merci aux salles d'art et d'essai des petites villes). Il ne passe plus nulle part, ou presque, aussi vais-je me permettre d'en dire un peu plus que d'habitude... sans tout dévoiler néanmoins, pour préserver les éventuelles futures séances de rattrapage.


Lui, L'Idiot, le cascadeur social, le Don Quichotte, l'humaniste absolu, dont l'idiotie touche au sublime par manque volontaire de discernement, par le refus de la résignation, du principe de réalité, de la capitulation.

Devant lui, la fissure. Symbole facile ? Je ne trouve pas. Un point de départ, tout simplement. Ou, plus exactement, un point de fuite.

Il s'agit de sauver les locataires cloportes de cette HLM.

La caméra, imperceptiblement épaulée, nous guide alors d'un pas décidé à travers l'universelle maladie des abus de pouvoir, dont la Russie post-communiste, pourtant si vivante à l'écran, n'est assurément qu'un exemple parmi tant d'autres. Des puissants qui profitent, d'autres qui sombrent, périclitent, tombés plus bas que leurs victimes, dans la haine, l'indifférence ou l'étouffement des scrupules. Ce pourrait aussi bien être des marchands d'armes, des patrons de multinationales, des émirs ou des ministres de n'importe quelle soi-disant démocratie.

Encadré par deux séries de coups, le film suit l'Idiot solitaire dans un parcours au rythme parfaitement maîtrisé, fine succession de scènes pressantes qui prennent leur temps, de plans fixes et de travellings peignant la décadence à traits toujours plus précis.
Juste au bon moment, le rythme s'accélère pour devenir celui d'un thriller, car c'en est un aussi, mené de main de maître. Suspendus à la roulette des décisions d'urgence et des réseaux d'influence, pris dans l'étau des unités de temps et de lieu, le héros et le spectateur assistent à une farce tragique, haletants, abasourdis de voir le point d'acmé sans cesse reporté plus loin.
Tout cela avec une admirable économie de moyens.

Les acteurs sont formidables. Artem Bystrov, prix d'interprétation masculine au festival de Locarno, bien sûr, et tous les autres aussi : quel casting ! De même que les dialogues et les tirades des uns et des autres, aussi crédibles que percutants, servis par cette langue si belle, roulante et vibrante, âprement caressante... Des scènes de famille aux étalages de linge sale entre notables, de la violence intime à la violence sociale, du vieillard miséreux et bourré aux puissants véreux, pris dans un engrenage de peur, et dont le regard trahit le sentiment de déchéance sans cesse refoulé sous le cynisme. De l'employé circonspect à la famille vertueuse, impuissante à garder son arche debout.
Aucune caricature d'une Russie fantasmée, tout y est jaugé au plus juste, des critiques et spectateurs russes le confirment. Et si la satire ne dépasse officiellement pas le niveau local (subvention par le ministère de la culture oblige...), le sens extensible de la parabole s'impose avec évidence. Tout est là.


L'Idiot est une poignante synthèse des maux de notre monde, et pas seulement de la Russie, bien sûr. 
La condition des femmes, toutes sous le pouvoir des hommes d'une manière ou d'une autre.
L'alcoolisme évidemment, ici parfaitement exhibé comme une chose si consubstantielle à la survie qu'elle n'est plus un vice, mais une banalité quotidienne, culturelle, vitale, omnipotente.
L'abrutissement qui tue. Les éclairs lumineux qui ne sauvent pas du néant.
La libido narcissique qui annihile la conscience de soi et des autres. La corruption et le cynisme aboutis de médiocres caciques cinquantenaires, desquels on reconstitue mentalement le parcours prévisible et toujours recommencé, l'engrenage lent et implacable qui saisit, dès ses débuts, petit à petit, tout prétendant au pouvoir, jusqu'à tuer en lui toute empathie, tout sens moral.

Ce n'est pas pour autant la nostalgie du communisme, puisque l'objet même du film, la nature humaine, rend toute éthique du pouvoir irréaliste.
C'est l'échec de l'idéalisme, comme primat possible de la pensée sur les pulsions, et ce à tous les niveaux de la société.
Ne reste qu'un humanisme désespéré, anthracite, rongé de tous côtés, qui tente au mépris de la raison de récupérer l'irrécupérable, et réussit encore la prouesse de semer quelques doses d'humour sur son passage.
Ne reste que le mutisme atterré d'un Juste qui s'est volontairement égaré dans le grand monde, d'un durak, digne héritier de son père et du prince Mychkine de Dostoïevsky, cramponné au bien par nature, simplement parce qu'il est "comme ça", parce qu'il a ce handicap de la compassion pour ou parmi ceux qui n'en ont plus. La douce folie de poursuivre sur la voie qu'il s'est choisie, même si tout lui crie qu'elle est sans issue, et de sous-estimer la gravité des complots, l'avilissement de tous.

Un certain homme d'Etat russe pourrait bien se présenter comme le sauveur de ce pays en ruines, nul ne peut en être dupe après un tel spectacle, qui vaut tous les documentaires.


L'Idiot laisse un goût très métallique en bouche, des larmes de fer dans la gorge, et pourtant... 
Par sa puissante satire des gens qui ne pensent qu'à grignoter leur part de bonheur, ses êtres sensibles à la dérive dans un monde glacé, sa paradoxale affirmation de l'humanité dans l'inhumain, son amour pour les résistants, sa bande-son envoûtante, le film m'a rappelé Mommy.
Si "les sceptiques seront confondus", ce ne sera certes pas par la marche du monde... mais, peut-être, par l'existence ainsi rappelée de quelques êtres potentiellement capables de nous sauver tous, si nous acceptons de les suivre loin des murs familiers. Et comme je suis athée, ce n'est pas au Christ que j'ai pensé, mais à Marc-Aurèle, à grand-père Palmyre, à mon père, et à tous les idiots merveilleux, connus et inconnus, qui, oublieux de leur confort, flottent comme des pépites d'or à la surface de notre si sombre monde.
Ce film donne un corps infiniment présent à leur isolement. Un corps recroquevillé, abandonné sur la neige tassée par l'incurie, que l'on quitte plein d'amour impuissant.

Et en moi résonne depuis, et résonnera bien souvent désormais, face aux folies furieuses de l'humanité, cette interrogation désespérée que Dmitri adresse à sa compagne :
Ma chérie, ne vois-tu pas combien  je te hais en ce moment

jeudi 4 février 2016

Chaleur automnale et prémices printanières : accessoires vintage et de créateurs

Bonsoir à tous !

Je viens de passer pas mal de temps à faire du tri dans les vieux articles, et coder une barre de menu (où vous trouverez un lien vers ma page Pinterest, qui contient une petite sélection de mes photos bloguesques préférées, mais aussi bien sûr d'autres images, en cohérence avec les goûts qui règnent par ici. :-)).
J'ai également fait un peu le ménage dans la colonne de droite, enfin supprimé l'affreuse bordure blanche des photos (depuis le temps!), remplacé l'intitulé de bas de page "articles plus anciens/récents" par l'intitulé du premier article suivant...
J'espère réaliser d'autres changements pour bientôt, notamment un enrichissement du menu avec les sous-rubriques (adresses par ville, etc.). J'envisage aussi, comme cela se fait souvent, d'ajouter une sélection de 3 ou 4 articles similaires sous les articles. Toutefois, cela pourrait surcharger les pages, et j'hésite à passer à une présentation abrégée des articles : cela donne un aperçu plus synthétique, mais il faut cliquer sur "lire la suite"... Je trouve plus agréable de pouvoir parcourir rapidement plusieurs articles en intégralité, surtout lorsque l'on tombe sur un blog pour la première fois.
Pourquoi pas aussi un seul article par page, avec un défilement diaporama des articles récents au-dessus, mais je ne suis pas sûre d'aimer cela.
Autre possibilité encore : laisser la page d'accueil telle qu'actuellement, et présenter les pages d'accueil des rubriques ou sous-rubriques en grille d'articles à ouvrir...
Bref, c'est le chantier ! N'hésitez pas à commenter pour me donner votre avis sur tout cela !

J'ai posté beaucoup d'articles culturels ces derniers temps (et d'autres se pressent au portillon)... Aussi, pour une petite pause futile, j'avais envie aujourd'hui - enfin, hier, mais Internet a boudé - de vous présenter ensemble quelques objets de désir récemment acquis, avant de les intégrer à des tenues.
Trouvés d'un élan commun (mais mesuré), longuement cherchés avec une patience enthousiaste, ils satisfont pleinement l'acheteuse intransigeante et sélective (mais oui, en dix années, que de progrès et d'erreurs instructives!) que je suis devenue. Ils ont en commun leurs teintes chaudes et lumineuses, qui me vont bien au teint ; leurs matières nobles et douces, leur praticité et leur confort, leur vécu aimé et/ou leur fabrication aimante, leur beau rapport qualité-prix. Et puis, bien sûr, ils sont l'occasion de vous faire part de quelques nouvelles bonnes adresses!

Et cet hiver qui n'est vraiment pas assez froid (il n'y a que pour les sans-abri que cela me "réjouit") tombe à pic pour rester dans l'automne, saison chère à mon coeur. Ou bien avancer vers le printemps. D'autant que j'ai finalement remplacé mon APN volé, en urgence, par un vieillot mais bien pratique bridge Panasonic-Lumix-Leica FZ-38, en parfait état, payé 90 euros sur Le Bon Coin (100 avec une belle sacoche et une bonne carte SD). Mauvais en intérieur, mais très bien en macro et en pleine lumière.

  • Pour commencer, j'ai fini par acheter la magnifique sacoche en cuir fauve "Sacs Mary", que j'avais trouvée sur Videdressing et présentée dans cet article. 
J'en suis ravie, elle sent bon, elle a un très beau gabarit, et on sent le matos solide, le cuir gras, épais et souple à la  fois, qui ne fera qu'embellir en se patinant. Parfait comme sac de cours, pour partir en week-end, ou encore pour se donner un style étudiante chic et bohème en toute occasion. ^^
Sacs Mary est une marque marseillaise, de fabrication française, que je ne connaissais pas auparavant. Le site est bien fait, avec des informations sur les cuirs. En revanche, les couleurs ne sont pas forcément très justes sur les photos. Mon sac est le modèle "Zita", qui existe en plusieurs coloris. Je l'ai payé 110 euros sur Videdressing (au lieu de 215 neuf, donc), et il est en parfait état.


J'en profite pour vous présenter mon charmant renard, qui me sert de porte billets / tickets, un cadeau de Noël venu de l'artisanat népalais, via une boutique allemande : je l'adore.


Dans de proches et très jolies teintes, j'ai trouvé ces salomés San Marina tricolores (chocolat, orange brûlée et bleu... "bondi"?)  d'une ancienne collection : elles font un pied glamour à souhait, vous les reverrez bientôt!


  • Deux jolies choses de créateurs, neuves donc cette fois, trouvées dans une charmante boutique du 5e (86, rue Monge) : Aux Cerises de Lutèce. Une autre adresse dans le 6e : Les Cerises. (86, rue Vaugirard).

- Ces boucles d'oreille mi bohème, mi rococo (vous me dite si je délire, hein...^^) (35 euros) :

- Et ce ravissant petit sac partiellement irisé "Crazy Lou" (28 euros), dont j'ai fait une trousse beauté-maquillage pour mon sac à main :


  • Un magnifique bracelet des années 30 en or rose, à mi-chemin entre art déco (double rang et torsade géométrique) et art nouveau (décor floral). Les petits anneaux sont destinés à un chaînon de sécurité, que je ferais volontiers recréer lorsque j'aurai les sous. Je l'ai trouvé dans ma nouvelle adresse vintage préférée : Symbolique, au 16 rue de Cotte (12e). Une adresse, dont je reparlerai, tellement géniale, petite et confidentielle, que j'ai hésité à la livrer ici! ;-) La sélection est pointue, les prix sont très raisonnables au regard des pièces, et il y en a pour toutes les bourses, avec aussi de jolis bijoux plus récents et quelques beaux objets de décoration. Grand plaisir de la conversation avec le maître des lieux, authentique dandy, érudit et passionné en son domaine, comme en bien d'autres sans doute.
 
 
  • Plus printanier, deux acquisitions (pour 12 et 20 euros) ravissantes à mon goût : 
- un bracelet en résine gravée, années 60,




- un petit porte-monnaie de nacre début du siècle (je n'ai jamais beaucoup de monnaie à la fois, il est parfait pour moi ; quant aux billets, ils vont dans le porte-cartes).



Dites, cet été, vous ne croyez pas qu'il sera joliment assorti à ce pendentif :-?

Où ai-je trouvé cela ? Sur le site de L'Heure bleue, une ancienne boutique parisienne maintenue sur le net, et qui vient de renaître sur l'île de Ré. En plus, en ce moment, il y a des promos !

Les fermoirs du porte-monnaie et du bracelet sont en parfait état : ah, la longévité des choses... mériterait bien un poème, tiens.

Sur ce, en vous souhaitant toujours un délicieux shopping avec supplément d'âme,  je vous dis à très bientôt!

dimanche 31 janvier 2016

Varda photographe et cubaine - Beaubourg

Demain se termine à Beaubourg une petite exposition (entrée libre dans la salle du sous-sol) sur le travail photographique d'Agnès Varda à Cuba, en 1962.
Connue comme une réalisatrice innovante (La Pointe Courte, Sans toit ni loi, Cléo de 5 à 7, Murs, murs) et l'épouse de Jacques Demy, elle l'est moins comme photographe. Cette exposition offre un petit rattrapage.

De son voyage cubain, admirative et lucide à la fois, Agnès Varda rapporte un panorama visuel complet du quotidien sous les débuts du régime de Castro, et quelques beaux clichés... mais l'affichage est en petit format et non légendé : simple introduction au court-métrage d'une demi-heure projeté en continu.
Ce dernier, intitulé Salut les Cubains, en clin d'oeil au magazine Salut les copains né deux ans plus tôt, est constitué d'une sélection de clichés animés, accompagnés de musiques et de commentaires, lus par Michel Piccoli et Agnès Varda elle-même.
Outre l'intérêt documentaire, c'est parfois amusant, plein de charme, et on est saisi par quelques photos magnifiques, au milieu d'autres plus ordinaires. Un bon moment à passer, et quelques informations à glaner sur l'histoire de la salsa.
Les scènes de danse, bien sûr, qu'elles représentent des inconnus ou l'immense Benny Moré, ainsi que les portraits de personnes âgées, m'ont particulièrement touchée.


Chance, si vous avez manqué l'expo, vous pouvez voir le film sur Vimeo :

SALUT LES CUBAINS - AGNES VARDA

Voilà voilà, sur ce, je vous souhaite 29 beaux jours de février ! Le bonheur à l'affiche pour moi : un petit voyage en Irlande fixé pour le mois de mai. Comme j'ai hâte !

Et joie du jour : le blog a désormais 250 lecteurs réguliers environ, et plus de 4500 pages vues ce mois-ci (alors qu'il n'avait jamais dépassé les 3500). Je ne vise pas la performance, et quelle que soit l'audience, il n'y aura pas de publicité sur le blog, mais cela fait toujours plaisir de se dire qu'on est lu, et que, malgré les périodes de creux, à l'aube de sa cinquième année, cette activité-plaisir me comble toujours, et intéresse suffisamment certains lecteurs pour qu'ils reviennent. Merci à vous, et n'hésitez pas à commenter lorsque l'envie vous en prend, y compris pour me proposer des améliorations !

mercredi 20 janvier 2016

Coffrets à bijoux en verre

Bonsoir à tous ! Comme je vous le disais, mon appareil photo m'a été volé... Désolée donc de ne pas vous proposer mieux, mais je voulais partager avec vous ma nouvelle trouvaille pour le rangement des bijoux.

Avant, ils étaient placés dans un tiroir de métier à casiers de taille variée, que j'avais rapidement montré dans cet article.

Mais les bijoux prenaient la poussière... et je leur ai fait subir un grand tri, aussi de nombreux casiers restaient inoccupés. J'avais donc envie de changement, et d'un coffret à couvercle, mais rien n'allait : les anciens qui me plaisent n'ont pas de compartiments, ou pas assez, ou sont trop petits, ou trop encombrants...  et puis j'aime qu'ils restent exposés au regard, tout voir d'emblée sans chercher, donc exit les tiroirs.
Finalement, grâce à ma chère Iliana du blog A quatre mains, il y a quelque temps, j'ai trouvé deux coffrets en verre et métal, qui sont parfaits et dans lesquels tiennent tous mes bijoux, sauf pour quelques gros bracelets, qui prennent place dans un panier.
Ils viennent de La Tortue Bleue, rue Lamarck, dont elle parlait dans son article récent sur les jolies boutiques du 18e.
Voici donc quelques mauvais clichés de smartphone, pour vous montrer à quoi ils ressemblent. J'ai essayé de trier un peu par saison, les bijoux du coffret de gauche étant ceux que je porte plutôt en été.




En même temps, j'ai farfouillé un peu sur Le Bon Coin et j'ai quand même trouvé ce joli supplément pour une somme modique (14 euros) : je devrais le recevoir bientôt !


Encore une fois, je ne saurais trop vous conseiller de fouiner sur Le Bon Coin, option "toute la France", avec les mots-clés dont vous avez envie, et un peu de patience et de persévérance..., et je vous souhaite de réjouissantes trouvailles !

dimanche 17 janvier 2016

Féérie des Florentins à Jacquemart-André

Emballée je reviens de la merveilleuse exposition sur les portraits à la cour des Médicis, à Jacquemart-André.

"Peu" de toiles (une quarantaine), mais quelles toiles !
Je vous laisse lire le site pour le parcours fléché. L'affichage explique, en lien avec les thèmes picturaux, l'histoire complexe du règne des Médicis. J'ai également appris que les grands bûchers de vanités, sous la dictature théocratique de Savonarole, virent même Botticelli brûler ses propres toiles... J'en ai eu l'imagination saisie...
Bref, je me contenterai de vous présenter mes gros coups de coeur, même si toutes les toiles sont d'une immense finesse et témoignent d'un art admirable du dessin et de la couleur. Prêtez attention aux cartels, parfois développés, et aux supports, parfois étonnants (je ne savais pas que l'on pouvait peindre sur cuivre!)
Tiens, pour accompagner ce parcours imagé, écoutons...

 Toiles humanistes, culte de l'amitié - qui donne irrésistiblement à penser à Montaigne et La Boétie - et parfois austères... On est facilement happé, dans la première salle, par ce Portrait d'homme de Franciabigio (que l'on peut admirer au Louvre toute l'année) :


Ensuite, je crois avoir vécu un nouveau "syndrome de Stendhal" devant les deux portraits d'Andrea del Sarto, (sur les quatre qui restent dans le monde, d'après le cartel...) : les couleurs, en vrai, sont encore plus envoûtantes, et les regards, malicieux ou mystérieux, droits dans les nôtres, contrairement à l'inexpressivité recherchée par la plupart des portraitistes de l'époque, me vont droit au coeur.
Ce Portrait d'une jeune femme en jaune, inachevé, me bouleverse. J'y sens tout un monde de non-dit, de retenue et de sensualité mêlées, un visage qui se livre sans se livrer... N'est-elle pas, d'une autre manière, aussi fascinante que la Joconde ?


Et voici une jeune et taquine lectrice de Pétrarque, qui nous désigne des poèmes cachés... Seul l'observateur érudit était, et sera capable de lire et d'identifier Pétrarque sur la page de droite, et de savoir quels étaient les sonnets précédents ! Si vous voyiez la beauté de ce bleu velouté et de ces cheveux aux reflets roux...
Le jeu entre peinture et poésie symbolise aussi la dualité entre corps et âme...


Autre génie, Bronzino. Le portrait star de l'exposition est magnifiquement mis en scène, dans un cadre ébouriffant et une lumière parfaite. Le bleu, le violet éclatent, le détail de la coiffe et de la robe également : on en oublierait presque le sujet, Eléonore de Tolède...


Bronzino, c'est encore et toujours un coloriste de génie : ces verts, ces rouges pleins de contrastes ! Mais je ne leur trouve pas les mêmes merveilleuses nuances, lumineuses et vibrantes, que chez del Sarto.

La matière de la tenue est peinte d'une manière extraordinairement précise et vivante. Quant au mystère de ce cache-sexe proéminent... je m'en vais chercher quelques éclairages ! ^^


Voici maintenant Maria Salviati (mère de Cosme Ier) peinte par Pondormo dans une pâleur à la fois virginale et sensuelle... presque un clair-obscur :

A ne pas confondre avec le peintre Francesco Salviati, qui n'est qu'un pseudonyme pour di Rossi, et qui est un autre des génies bien représentés dans l'exposition, avec notamment ce Portrait de jeune homme accompagné d'une biche (symbole de la douceur et de la timidité du modèle) :

et ce Joueur de luth identifié comme étant le Français Jacquet du Pont :

Ce qui frappe aussi sur chacune des toiles, c'est la beauté sublime des mains... Cela tombe bien, à la sortie des salles dédiées, l'expo se prolonge avec la projection de l'émission "Grand Art" d'Hector Olbak consacrée aux "mains maniéristes" comparées de Sarto, Corrège et Bronzino... Merveilles...
Il apporte des éléments faciles à retenir, et on se surprend à tester sur soi "l'escalier de doigts"!


Il ne reste qu'une semaine, vite vite, et n'hésitez pas à profiter aussi du café dont je parlais déjà ICI, et à circuler dans les belles salles où se trouve la collection permanente, pleine du parfum des grandes maisons d'autrefois.


On peut même s'allonger sur une grande banquette pour admirer ce plafond :

et tomber en arrêt (encore) devant quelques merveilles (encore) italiennes. 

J'ai beaucoup d'articles en retard (un film et deux autres expositions qui viennent de se terminer - Splendeurs et misères à Orsay, Barbey à la MEP - des coffrets à bijoux...) : je pense qu'ils vont pleuvoir dans les jours à venir, d'autant que les statistiques du blog semblent exploser tout à coup ce mois-ci sans que je sache trop pourquoi (mais j'en suis ravie, bien sûr).
Hélas, on m'a volé dans le métro un sac contenant mon appareil photo numérique et tout mon maquillage, et que je n'ai pas pour l'instant de quoi les remplacer. Mais je ferai sans un moment !

En vous souhaitant toujours plus de plaisirs esthétiques et culturels, à bientôt ! 

lundi 11 janvier 2016

Petits bonheurs parisiens

Un petit article express aujourd'hui...
J'ai parlé plusieurs fois déjà de la collection "Paris est à nous", chez Parigramme, que j'apprécie beaucoup.
Le plus souvent, ce sont des guides avant tout pragmatiques, type "Petit futé" mais en cent fois mieux.

Aujourd'hui, je voudrais vous en présenter un très particulier, plus littéraire.

Il serait dommage de se laisser arrêter par sa couverture un peu mièvre...
L'ouvrage se compose d'une succession de fragments amoureux de notre capitale, allant de cent détails étonnants et secrets historiques méconnus de la ville, jusqu'aux images d'Epinal plaisamment savourées et renouvelées par une très jolie prose. Peut-être parce que Françoise Besse est professeur de lettres, et Jérôme Godeau écrivain et historien de l'art !

J'ai grand plaisir à le picorer, et voici pour vous quelques extraits :