dimanche 23 novembre 2014

Tableau d'automne (1)

L'automne est l'une de mes saisons préférées (bon, d'accord, je les aime toutes !) 

Avant tout pour les couleurs chaudes et lumineuses que la nature nous offre dans la lumière si particulière de cette saison, et pour leurs noms enchanteurs : brique, moutarde, prune, chocolat, ocre, châtaigne, sanguine, terre de sienne, vert feuille, vert mousse, brou de noix, roux renard et rouille, acajou, bronze, citrouille, cuivre, anis, or, fauve (l'occasion de ne plus le confondre avec les camel marronnasse) et feu, grenat, orange brûlée, vermillon, bordeaux et lie de vin... (N'hésitez pas à m'en proposer d'autres en commentaire !)

J'avais donc envie de constituer un tableau d'automne en plusieurs parties, un mélange de paysages photographiés fin octobre dans le Sud, de fruits et légumes du marché de saison (de la grappe de raison oubliée par les vendangeurs, jusqu'aux grenades que l'on regarde gonfler), de maquillages et coiffures, d'envies shoppinguesques et de tenues (avec le moins de noir et de gris possible : ce n'est pas que je leur en veuille personnellement, mais leur omniprésence m'agace...). Bien que l'hiver approche et que j'aie pris du retard, je ne veux pas laisser passer ce plaisir, que, j'espère, vous partagerez. 

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jeudi 20 novembre 2014

Ciels orageux de Loire-Atlantique...

J'aime tant les ciels de pluie...
Elle a fait des dégâts un peu partout, cette année...
Quelques photos pour se réconcilier avec elle...

La première photo a été prise au Pellerin, les autres à Nantes.

mercredi 19 novembre 2014

Mommy, de Xavier Dolan

 

Voilà trois semaines que j'ai vu ce film, et je reculais devant l'idée d'écrire quelque chose à son sujet, comme devant une tentative dont on craint le résultat assurément décevant. Sans compter qu'il est difficile de ne pas trop en dire. La bande-annonce, elle, raconte tout, je me demande pourquoi j'ai des scrupules... Je le dis chaque fois, et à chaque film c'est pire. Alors je résiste, et préfère ne reproduire que quelques photos et extraits, même si j'espère que la plupart de mes lecteurs et lectrices auront vu ce bijou du cinéma au moment où ils liront ceci. 


La première chose qui frappe, c'est l'accent, bien sûr, et les idiomatismes; auxquels on va bien vite s'habituer, si bien que le film se dépouille rapidement de sa couleur exotique pour se rapprocher encore de nous ; et puis le comique, le vrai, l'humour, la dérision, les reparties tranchantes et les ridicules assumés. 
Puis c'est la seconde détente, la douleur, de plein fouet, la tension, permanente, et les parenthèses chantées et enchantées. 
Pas un instant de répit entre les rires et les trouilles, les coups et les replis... entre l'amour et la fureur... entre les gros plans permanents, qui s'impriment sur la rétine, qui vous épuisent et vous happent de proximité, et les dialogues ciselés mais spontanés. On se laisse couler avec bonheur dans des consciences qui se refusent à toute interprétation simpliste. La société, quatrième personnage menaçant pour le cercle intime qui se forme, prend place, bêtement, comme elle peut. 
Le sujet est terrible, et pas un gramme, non, pas un gramme de pathos ne vient ternir l'intensité de chaque instant. Bien au contraire, ce sont les sourires qui semblent hanter le plus ces trois êtres dépassés, qui nous semblent finalement égaux dans la détresse.

Anne Dorval, dans le rôle de la mère, est fabuleuse. Cash, sublime, drôle et tragique, vulgaire et pure à la fois, livrée ou fermée, déraisonnable et rationnelle, affolée ou rassurante, fragile et solide comme un roc, elle est tellement juste, tellement humaine qu'on en reste coi. Ses sentiments semblent toujours sur le fil du rasoir, larmes ou sourire à fleur de peau, prêts à jaillir, voix contenue par l'émotion.

Introvertie, mystérieuse, contrainte et explosive, Suzanne Clément (la voisine) m'a renversée, au sens propre comme au sens figuré. Il lui suffit d'un pli de la bouche, d'un cillement pour bouleverser la caméra.

Quant à Antoine-Olivier Pilon...

c'est une masse de muscles et de force brute qui vous inspire amour et terreur tout d'un coup, et pour le reste du film. A ce stade, on ne peut plus dire qu'il dévore l'écran. Il nous dévore, nous. Il est celui qu'il est censé être avec une telle perfection dans le mimétisme, avec un corps si bien placé, souple et ondoyant sous la nuque raide, avec ses gestes poignants et ses regards délavés, cernés, tellement forts, avec ses attitudes déviantes et ses jaillissements d'enfance, ses paroles intelligentes ou stupides, crues toujours... Il réveillera une intime vérité chez tous ceux ayant déjà fréquenté des ados "à problèmes"... et même chez les autres.

 C'est un grand, un très grand acteur qui nous arrive. Mais jamais les deux comédiennes ne sont au second plan. Ils sont à mes yeux tous trois incroyables ; ils étaient également présents à mon esprit à la sortie, comme des amis soudain évaporés qu'on ne peut se résoudre à oublier.



Est-ce bien utile d'ajouter que la bande-son est magnifique ? Que les couleurs, la photographie sont d'une rare beauté ?

Extrait : Le parking

Le générique de fin s'ouvre sous le souffle puissant de Lana del Rey, dont j'avais parlé ici...


C'est un choix parfait qui vous tient dans cet état de suspens émerveillé ou désespéré, les deux sans doute, jusqu'à la dernière seconde de son. Qui place quelques paroles parfaitement ajustées sur ce que l'on vient de voir. Qui nous confirme qu'après deux heures trente d'émotions fortes, on ne veut pas quitter ces deux femmes extraordinaires et ce jeune... être humain, intelligents et courageux, si présents qu'on a pu les toucher. 

Ce film est un pur chef-d'oeuvre, et je peux dire sans rougir qu'en visionnant les extraits et les clips pour cet article, j'ai pleuré. A nouveau. Mais j'ai ri, aussi. A nouveau.

Bonnes toiles à vous.

samedi 8 novembre 2014

Made in Cachemire ?

Le cachemire, ou cashmere, est d'abord une région montagneuse de l'Inde. Il est devenu le nom, par association, d'une matière noble entre toutes, fine et douce, longtemps réservée aux plus riches (et aux 47 ans de mariage!). Sa production et sa distribution se sont développées en Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis et au Japon, au XIXe.
Il s'agit d'un tissu endogène, exclusivement produit par la laine des chèvres de cette région du monde qui va du nord du Cachemire indien à l'extrême est du Tibet chinois.
Les magnifiques chèvres qui nous offrent ce cadeau de la nature vivent à plus de 4000 mètres d'altitude. Pour fabriquer le tissu, leur merveilleux pelage d'hiver (conçu pour les protéger des froids et des vents les plus glaciaux) est brossé, afin de n'extraire que les poils les plus longs et les plus doux. Il est ensuite encore trié, et nettoyé. Le tout à la main.
Après un acheminement montagnard en caravane (oui, c'est tout un rêve aventurier), les poils sont filés puis tissés sur un métier en bois. Pour passer du blanc cassé aux couleurs profondes et brillantes qui sont le signe inégalable de leur origine entièrement locale et artisanale (voir les photos ci-dessous), les étoffes sont teintes dans de grands seaux d'eau et de colorants naturels. Le tout selon des traditions ancestrales, que seuls les autochtones pratiquent et entretiennent.
Tout a donc l'air pour le mieux, et vous vous sentez soudain très fière (ou très fier) de votre achat.
Mais... combien l'avez-vous payé ? Pas cher, vous dites-vous, ravi(e). Hélas, votre vieille grand-mère a dû vous l'apprendre, dans la vie, tout a un prix... Autrefois réservés aux plus aisés, les vêtements en cachemire se démocratisent. Voici comment :
- les tissus sont teints plus loin dans la chaîne de fabrication, et de manière non naturelle
- le filage et le tissage deviennent mécaniques et se font en usine
- une sélection relâchée (poils plus courts, plus larges, plus gras). D'où un tissu de bien moins bonne qualité, qui  se distend et bouloche dès les premiers (et pourtant précautionneux!) lavages. Alors que les beaux, les authentiques, embellissent à chaque lavage !
- pour les éleveurs, une hausse du revenu quantitatif, (ils produisent et vendent davantage car la demande augmente, évidemment) MAIS une baisse du revenu moyen : on les paie de moins en moins.

J'apprends d'ailleurs grâce à Wikipédia qu'il existe une expression populaire anglaise, british cashmere, qui désigne un mensonge grossier, ou un attrape-nigaud.

Bref, les miracles n'existent pas : le plus beau cachemire reste rare et très cher. J'ai beau aimer la démocratie, là, il ne faut pas exagérer (ni galvauder ce mot, comme certains magazines) : détruire un peuple (et une région) pour s'offrir un produit de luxe à bas prix, ce n'est pas du tout démocratique. Ni écologique. Car les dégâts ne s'arrêtent pas là : comme il se démocratise, nous en consommons de plus en plus. La production annuelle moyenne par chèvre est de 150 grammes (c'est bien cette rareté qui la rend si coûteuse), d'après Wikipedia. Or, si ce commerce permet aux bergers Mongols de vivre et de faire vivre leurs traditions (ils sont nomades), à présent l'élevage devenu intensif est à l'origine de surpâturage, d'une rupture de l'équilibre des espèces qui permettent aussi à ces bergers de vivre, d'une importante désertification de la province de la Mongolie Intérieure (la Mongolie est le 2e producteur mondial après la Chine), et, partant, de l'accroissement de vents poussiéreux qui déferlent bien au-delà de cette seule région. Et ce n'est pas une petite préoccupation d'européenne lointaine qui pense à la nature et oublie les travailleurs : c'est encore le producteur qui l'aura dans l'os, puisque la province, affolée par les dégâts, impose à présent des restrictions. Oui, dans la nature de là-bas, tout est plus grand, plus extrême, et les destructions galopent donc plus vite aussi...

A lire ici, pour finir, un témoignage sur la fabrication. 

Pour autant, les premiers frimas donnent bien envie de se lover douillettement dans un pull fin, doux, et chaud. Et ça vaut le coup, car tout un peuple, un beau peuple, vit de ce commerce. Mais encore une fois, consommation sans conscience n'est que ruine du monde...
L'on peut donc, à la japonaise, prendre le temps d'économiser pour s'offrir LA pièce, et le jour venu se fier à quelques filières, au lieu de se jeter chez Bompard (qui n'est plus à la hauteur de sa réputation), Galeries Lafayette, Uniqlo, voire H&M ou consorts... :

- "Mood by me", qui a élaboré une collection personnalisable et accessible en partenariat avec l'ONG Roots & Shoots
- attendre le printemps 2015, pour la première récolte estampillée éthique et responsable par l'ONG AVSF, qui démarche actuellement des marques partenaires.
- faire un tour chez Kapra Hiska Cashmere (43 rue de Turenne, dans le 3e à Paris), pour admirer les couleurs et la douceur, discuter avec le patron, prendre des notes pour plus tard... :



(les photos ne sont pas très bonnes, elles datent d'avant mon nouvel appareil!) 

Le bilan carbone n'étant de toute manière pas tip top, je préfère attendre et acheter une ou deux très belles pièces, pour la vie !

Conseils de lavage : Vous pouvez les laver toutes les trois ou quatre utilisations. Le mieux est un lavage à la main ou un programme berce-laine/à la main (30° maxi) avec une lessive adaptée aux laines.
Surtout, pas d'essorage ni de séchage suspendu (ça déforme) : posez-le à plat, par exemple sur une serviette de bain pliée (avec laquelle vous pouvez le presser, afin qu'il sèche plus vite).

Allons allons, ne vous découragez pas : puisqu'on vous dit pas trop souvent, et qu'il embellira !

Sur ce, je vous souhaite de beaux frimas. Si vous n'avez pas de cachemire, n'oubliez pas qu'un chat (vivant), ou, à défaut, un homme, ça réchauffe bien aussi... (ça peut même servir de bouillotte).

mercredi 22 octobre 2014

Vic Moan, Noir de monde

Vic Moan est un auteut-compositeur-interprète américain, établi en France depuis les années quatre-vingt.

Samedi soir, dans le temple protestant de Rochefort, j'ai pu assister à un concert littéraire de son cru, dans lequel il met en voix et en musique ses poèmes récemment parus sous le titre Noir de monde. Il était accompagné pour ce faire de la talentueuse contrebassiste Sarah Murcia, ainsi que d'un guitariste dont je n'ai pu retrouver le nom. 
Vic Moan lui-même joue de la mandoline électrique. Les textes étaient dits tantôt en anglais, tantôt en français (voire les deux en même temps, ou à la suite), à une ou à deux voix. Toutes les possibilités de la mise en voix ont été explorées, avec plus ou moins de bonheur, mais la musique était toujours belle, et quelques bouts de textes venaient toucher l'esprit, tout à coup. 
J'aime beaucoup sa voix grave et légèrement éraillée. On peut l'entendre dans l'excellente chanson du générique de début du dessin animé Hukleberry Finn ! Vous pouvez l'écouter ICI, mais le son est très mauvais...
Vic Moan - P. Griffon © Radio France

Des silences, des moments purement instrumentaux entrecoupaient aussi les lectures et donnaient une belle atmosphère, entre humour, plaisir esthétique et désespérance du monde. Mais en anglais, à l'écoute, difficile parfois de comprendre (d'autant qu'un micro dans un temple, cela donne un acoustique floue et une résonance pas franchement agréables). Nous avons donc acheté le livre, qui contient également d'intéressants dessins de l'artiste. Seize poèmes dans les deux langues, et trente-trois en anglais uniquement. Je lis les premiers d'abord en français, pour le sens. Puis en anglais, pour les rythmes et les sons. Puis je relis la version française et j'apprécie la traduction. 
Certains poèmes me semblent plus beaux en anglais, la lecture offrant des rythmes et des sons particuliers, puissants et chaloupés. Curieusement, peut-être parce qu'il vit depuis trois décennies en France et qu'il a intégré les particularités, la syntaxe de notre langue, d'autres me paraissent plus musicaux en version française.
Cela dit, il a travaillé lui-même aux traductions, et ses poèmes en anglais s'y offrent avec une certaine facilité, les assonances glissent d'une langue à l'autre, les phrases n'ont pas souvent à se contorsionner : Vic Moan m'apparaît comme un ambidextre de la langue, plutôt que comme un bilingue. 
Ses dessins étranges, au surréalisme enfantin, réinterprétables à l'infini, me plaisent beaucoup également. Il en discute volontiers, simple et gentil, avec son accent so delicious, entre deux dédicaces.

Je vous présente ici une petite sélection, en attendant que son site fonctionne, car pour l'instant, impossible d'accéder au livre où que ce soit, d'après mes recherches en tout cas.
Avec des photos de qualité volontairement moyenne, parce qu'il ne s'agit pas de copier l'ouvrage, mais juste de le faire découvrir !



"A PROPOS DE CE TIGRE", extrait :


Mon préféré, en anglais comme en français : 


Il a dit : "La poésie est un art qui requiert sens de l’observation, discipline et désinvolture." C'est exactement ce que l'on ressent en le lisant, non ?

Dandy vintage à la silhouette de grand héron élégant, caustique et désarmé à la fois, décalé, surprenant, crooner à ses heures, Vic Moan a été reconnu tardivement, grâce à l'amitié et/ou au soutien d'artistes influents comme M ou Vincent Segal (son premier album, Soul kiss, est sorti en 1998). Il se produit maintenant régulièrement, et vaut le détour. 

Un autre aperçu ici, avec des photos, une vidéo : AQUAPHOT